CHAPITRE III
l’éclairer, ayez pitié d’elle. Marie, ils ne vous prient pas, ils ne vous connaissent pas, mais vous, priez pour eux !
. Toujours triste, toujours rempli des souvenirs les plus poignants, mais en même temps du besoin d’être meilleur, j’éprouvais un violent désir de me eonfesser : je sentais que ma conscience ne serait tranquille que lorsqu’elle se serait déchargée dans ' le cœur d’un prêtre catholique. Il y avait bien une chapelle russe à Berlin, mais il ne me vint même pas à la pensée de m’adresser à l’aumônier. Déjà les prêtres catholiques seuls m’inspiraient de la confiance; eux seuls me paraissaient posséder l’autorité de pardonner, le droit de consoler; eux seuls me paraissaient remplir consciencieusement leur devoir, qui est la pratique de la charité. Les prêtres russes, hélas ! ont perdu le prestige de leur caractère sacré en devenant les employés ecclésiastiques du gouvernement. Et leur Eglise, par cela seul qu’elle a secoué le joug si doux de l’autorité pontificale, reconnaît la suprématie de l’Etat et se trouve par conséquent dans une dépendance qui empêche de voir dans ses ministres les envoyés du ciel. Et puis, le mariage des prêtres, qui, malgré tout ce qu’en ont dit nos frères séparés, n’a jamais existé dans l’Eglise romaine (1), me révoltait et me pa-
(1) En vain nous opposerait-on de fausses interprétations des paroles de saint Paul; nulle part il ne prescrit, nulle part il n’au-
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raissait contraire à l’esprit de pureté du christianisme.
Eu un mot, le dogme, la pratique et la discipline catholique m’entraînaient et me subjuguaient. Tous les dimanches, j’allais à l’église deSainte-Hedwige; je ne savais pas encore suivre la messe, mais je priais du fond de l’âme, et au moment de la consécration, quand je voyais les fidèles se prosterner, je faisais comme eux : je ne savais pas au juste ce qui se passait à l’autel, mais, je le répète, je priais ! Je priais pour ma femme, je demandais son bon-
torise l’usage du mariage dans les ministres des autels. Au contraire, ses éloges de la continence et l’invitation qu’il fait aux simples fidèles de pratiquer cette vertu à son exemple, prouvent qu’il était bien éloigné de faire du mariage un précepte à qui que ce soit, et à plus forte raison à ceux qu’une profession sainte appelle à une haute perfection. — Et lorsque saint Pierre dit à Notre-Seigneur quHl avait tout quitté pour le suivre, en exceptait-il sa femme? Non, sans doute, car saint Jérôme, qui vivait au IV e siècle, nous dit en termes formels (lettre xxx e ), que tous les apôtres étaient ou célibataires , ou gardant la continence dans le mariage ; et dans son commentaire sur l’Épître à Tite, il atteste que les ecclésiastiques étaient tenus au célibat, exposant en môme temps les raisons solides sur lesquelles était fondée cette loi. — Je puis indiquer également l’autorité de Tcrtullien, qui vivait deux siècles avant saint Jérôme ; celle de saint Augustin (deAdul. conjug., livre il, chap.xxn);le xxxm e canon du concile d'Elvire, tenu en 360, qui ordonne « à tous les évêques, « prêtres, diacres et clercs de s’abstenir de leurs femmes; » le premier concile de Nicée (325), qui défend absolument « à tout « évêque, prêtre, diacre et clerc, d’avoir chez lui d’autre femme