‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 114 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Jamais je ne vous ai prié, mon Dieu, avec plus de ferveur que pendant ce séjour à Boulogne ; mais mon imagination était encore malade, mon coeur était en proie à la douleur, et je n’avais pas de guide, pas de médecin spirituel près de moi; le jour, la nuit, je priais presque sans cesse; oh! que de larmes je versais alors ! Quelquefois, pendant mon sommeil, des songes affreux venaient se présenter à moi, et je me réveillais souvent en jetant des cris et le cœur tellement serré que je n’aurais pu prononcer une parole : d’horribles idées m’épouvantaient ; mais, doux Seigneur, vous, comme une bonne mère qui veille sur son enfant, vous vous montriez à ma pensée, et vous m’inspiriez l’idée de faire le signe de la croix, de me jeter à genoux, et de vous demander la force et la foi.

Nullement décidé encore à embrasser la foi catholique, ce que je cherchais le plus dans mes lectures, c’étaient des raisons qui me prouvassent que l’autorité du souverain pontife n’était pas d’institution divine. Eh bien! mon Dieu, vous savez que partout, à chaque page, je trouvais des preuves du contraire. J’étais subjugué, je m’avouais vaincu, et pourtant je résistais encore. Je ne me disais pas formellement : « Tu ne seras pas catholique, » mais j’éloignais dans ma pensée l’instant de la décision, et, tout en me laissant aller avec délices au sentiment qui m’entraînait vers votre Eglise, je croyais

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pouvoir résister à l’attrait divin. Je pensais, je priais comme un catholique; je cherchais à agir en bon catholique; bien plus, je préparais ma confession générale avec la résolution arrêtée de la faire à un prêtre catholique; et pourtant je n’étais pas encore décidé !

Rien, je crois, ne m’a été plus utile que cette préparation à une confession générale; je m’en occupais avec ardeur presque tous les jours. Tantôt cherchant à rappeler à ma mémoire tous les péchés que j’avais commis, je vous demandais de m’éclairer sur leurs causes et leurs effets. Tantôt, m’observant avec attention, je me rendais compte de mes croyances et de mes doutes. En un mot, je faisais connaissance avec moi-même, et j’apprenais à comparer ma petitesse avec votre grandeur, ma bassesse avec votre miséricorde. Quand je pensais à un avenir peu éloigné, c’était toujours l’idée de la confession qui se présentait à mon esprit. Je devais bientôt aller à Paris, et là était M. l’abbé Petétot, curé de Saint-Louis-d’Antin,pour lequel j’avais une lettre de recommandation. — Enfin, me disais-je, je pourrai causer à mon aise avec un prêtre, je pourrai m’agenouiller devant lui et soulager ma conscience. — Néanmoins, ce besoin de me confesser et l’impatience que j’éprouvais, étaient tels qu’un jour, ne pouvant plus me maîtriser, je me décidai à aller voir un prêtre de Boulogne re-

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