CHAPITRE III
moi. J’ai péché volontairement, je l’avoue, et avec une science parfaite de ce que je faisais ; oh ! puisse voire grâce venir au secours de ma faible volonté ! » « Il faut une bien grande vertu pour renoncer entièrement au monde, pour rompre tout à fait avec lui. Mais ce n’est vraiment que lorsqu’on pense sérieusement à ce sujet, que l’on voit combien on est attaché au monde. Quand on aime l’occupation et que l’on n’a pas un goût très-vif pour les plaisirs bruyants, on se dit : Il ne m’en coûterait pas beaucoup de vivre dans une complète solitude, et de m’enfoncer dans un couvent; je n’y vivrais qu’en Dieu, je me détacherais des créatures, et en m’approchant de la perfection, je commencerais à me faire une espèce de paradis sur la terre, puisque je jouirais de Dieu autant qu’il est possible d’en jouir ici-bas. Tout cela est très-vrai et très-beau ; mais lorsqu’on pense sérieusement à prendre ce parti, on s’en effraye malgré soi, et on ne comprend pas qu’on puisse vivre dans l’oubli total du monde, et mourir, pour ainsi dire, dans le souvenir de tous ceux que l’on a connus, que l’on a aimés. J’éprouve même un sentiment de peine à la pensée d’être complètement oublié ; c’est une idée triste. Mais quand on ne veut aimer que Dieu !... Oh! je ne sais ce que sa bonté me réserve dans l’avenir ; mais bien souvent, lorsque je me perds dans mes pensées, oui, bien souvent, mon imagination me re-
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présente moi-même disant la messe à un autel catholique!... »
Peu de temps après mon arrivée à Paris, dans le courant d’octobre 1841, je fis connaissance avec M. l’abbé Petétot. Vous savez, mon Dieu, que je n’ai jamais su lui exprimer la reconnaissance que je lui dois, pour la charité avec laquelle il m’a ouvert ses bras et son cœur; pour son zèle, et surtout pour l’infatigable patience avec laquelle il a travaillé à ma conversion ; et c’est dans votre sein. Seigneur, que je dépose le tribut de ma gratitude. Qu’il soit béni par vous pour le bien qu’il m’a fait! Malgré ses nombreuses occupations, il consacrait des soirées entières à m’expliquer les plus simples vérités du catholicisme , vérités que mon esprit obscurci par le mal se refusait à saisir. Ah ! pour moi ces soirées étaient bien courtes, et j’oserais dire qu’elles l’étaient aussi pour l’ange qui me guidait. Sa charité s’animait, tous deux nous voyions que j’avançais ; et, s’il est un bonheur comparable à celui du néophyte qui monte l’échelle de la vérité , ce doit être la félicité de celui qui dirige et soutient ses pas