‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 13 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

faculté spirituelle, l’empêcher d’agir, la ravir à la vie de la grâce, et en quelque sorte la rendre matière. C’est là la mort de l’âme, mais une mort qui n’empêche pas de souffrir ni dans le temps ni dans l’éternité ; dans l’éternité où elle vivra, mais incapable de jouir de vous. Sans amour, sans espérance, elle s’est rendue inapte au bonheur ; elle vivra, mais loin de vous, dans un éternel présent et dans une éternelle douleur. Ayant volontairement refusé de vivre de son essence spirituelle, par conséquent d’y croire, pourrait-elle vivre de vous, qui êtes la vie ; pourrait-elle s’unir à vous, pourrait-elle voir face à face votre essence divine ? Non, elle s’en est rendue incapable, je le répète. Elle n’a jamais voulu se contempler elle-même, comment pourrait- elle contempler l’être qui l’a créée? C’est impossible. Et pourtant, elle veut, elle désire, elle exige, mais elle est impuissante. Alors les remords la travaillent, elle se plaint, elle se

maudit elle- même et entre en fureur Hélas ! il

est trop tard, l’impossible est là et ce n’est plus un mot, c’est un fait, un fait éternel.

Et encore, si elle avait la consolation du souvenir, si elle pouvait se dire qu’elle a été heureuse ici-bas! mais non, pour le pécheur , l’enfer commence dès cette vie. Le mal heureux est un affreux sophisme dont le vice cherche à se leurrer, ou une vanterie criminelle par laquelle il parvient à trou-

ÉGAREMENT

bler quelquefois la créature innocente, mais timide, dont la foi vacille au milieu des souffrances de la vie. Oh ! qu’elle se rassure, car elle a plus de joies pendant une minute par la conviction de son innocence, que le pécheur pendant toute une vie de coupables plaisirs.

Mon Dieu ! je suis loin de vous aimer autant que l’on doit vous aimer, autant que vous aiment les âmes ardentes et pures qui embellissent la terre ; et pourtant, lorsque je compare les jouissances que me donne cet amour si imparfait que j’éprouve , aujourd’hui, avec celles que me faisait autrefois sentir l’amour des créatures, je ne puis que vous bénir et répéter cent fois le jour : Gloire à vous , Seigneur, qui avez eu pitié de moi !

Que de peines dans l’amour des créatures ; que de mensonges, de remords, de douleurs ! N’être jamais content , se sentir digne de mépris, craindre l’opinion , savoir qu’on ne doit sa réputation qu’à sa fausseté, envier la réputation des autres, envier leur vertu, et pourtant se refuser d’y croire; s’efforcer de diminuer leur mérite à ses propres yeux, puis les calomnier, devenir dur, implacable, tout sacrifier à ses penchants, en un mot, se corrompre, le sentir , et pourtant ne pas vouloir devenir meilleur; puis, pour s’excuser, s’en prendre • à sa nature, accuser son Créateur, évoquer la fatalité, nier le bien, nier le mal, puis blasphémer tout

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