‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 122 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Telles étaient , à la fin de 1841 , les convictions qui entraient peu à peu dans mon intelligence , et qui devaient bientôt l’occuper tout entière, pour en faire un être nouveau.

A cette époque, mon âme, partagée entre la douleur et un irrésistible besoin de vérité, était tellement absorbée , que le monde extérieur disparaissait en quelque sorte pour elle. Avec quelle sollicitude, ô mon Dieu! vous m’avez sauvé! car, pour chasser ma douleur, et me faire comprendre que je devais encore tenir à la vie par l’affection , vous m’envoyâtes une douleur nouvelle , une inquiétude affreuse, mais salutaire, et qui dure encore : je veux parler de cette longue maladie de ma fille qui, parles angoisses qu’elle fit naître dans mon cœur, et par les soins qu’elie exigeait de moi, me rappela à la vie, stimula mon activité, en me forçant à m’occuper d’autres choses que des souvenirs déchirants dans lesquels je me plaisais. Vous sûtes calmer mes terreurs, en me poussant fréquemment vers le tribunal de la pénitence , où je m’ae-

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coutumai à courir avec joie , et vous apaisâtes la soif de vérité qui me dévorait , en me conduisant vers le port du salut, vers votre sainte Eglise. Là , j’ai pu enfin me désaltérer; et, aujourd’hui, je bois à longs traits les flots divins qui s’échappent avec abondance de cette source unique de bonheur. Oh! que vous êtes bon pour moi! Je suis catholique; c’est trop de bonheur ; j’en suis effrayé ; et je demande pourquoi vous ne voulez pas me faire expier par plus de douleurs les fautes que j’ai commises.

Oui, tèlles étaient les convictions qui pénétraient dans mon âme, un an après la mort de la femme admirable que j’avais perdue. Mais que j’étais loin d’éprouver le calme que je sens aujourd’hui ! Ces convictions n’étaient pas encore complètes; je n’étais pas sûr de ma foi; je ne la sentais pas; et, n’ayant aucune expérience des choses spirituelles , je pensais que ne pas sentir la foi , c’était ne pas l’avoir, et que le désir que j’en éprouvais était une preuve qu’elle me manquait. Cependant, il n’en était pas ainsi ; et votre grâce me donnait justement assez de foi pour sentir le besoin d’en avoir davantage. Car, à tout moment, l’incrédulité à laquelle je m’étais habitué depuis tant d’années, venait me répéter ses nombreux sophismes, et faisait valoir ses droits sur mon cœur , hélas ! trop faible. Souvent je lui cédais, et alors les passions à peine engourdies revenaient aussi à la charge, et s’étayant de raisons

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