‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 123 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

spécieuses , qu’autrefois j’avais employées moimême pour combattre le christianisme, elles faisaient entendre leur voix à mon oreille eneore attentive. Oui, le doute et les passions s’aidaient mutuellement pour livrer à mon âme de terribles assauts. Ce travail de la foi qui s’opérait dans mon intelligence, était si peu spontané, si lent, qu’il me serait impossible de dire quand je fus entièrement convaincu. Un jour , j’étais plein de foi, le lendemain, il me semblait que je ne croyais plus à rien; j’étais si peu capable de sentir la vérité, si mobile, si variable , que, plus d’une fois dans la journée, je changeais de conviction, et qu’il m’arrivait parfois de nier les vérités qu’une heure auparavant j’aurais publiquement confessées avec joie. — Cela me rendait très-malheureux; mais j’étais sincère , et, dans votre bonté, vous m’inspiriez toujours, en définitive, une pensée consolante dont je faisais, pour ainsi dire, la base de tous nies raisonnements. Et , quand mon imagination avait bien divagué, quand ma raison s’élail longtemps débattue contre mon cœur, vous me rameniez tout doucement dans l’intérieur de mon âme, et là, je trouvais profondément gravées quelques vérités contre lesquelles aucun sophisme n’avait de force. — Ces vérités étaient : que nous avons besoin de bonheur; que la vertu est belle, et que nous sommes libres ; que , pour être heureux, il faut pratiquer la vertu ; qu’un être

parfait avait seul pu créer l’âme de manière à trouver le bonheur dans la vertu ; que, pour pratiquer la vertu, il faut se spiritualiser ; qu’il faut êlre chrétien ; et qu’on n’est vraiment chrétien qu’en étant catholique dans toute laforce de l’expression. Voilà, Seigneur, le résumé des idées fondamentales que vous aviez mises en moi. C’était le catéchisme de mon cœur; c’était un trésor auquel mon cœur forçait ma raison à recourir, quand le doute relevait eu moi sa tête hideuse. Ces pensées me donnaient du calme, je me sentais heureux; mais, tout à coup, un entretien, une lecture, un regard, une pensée, un souvenir faisait renaître en moi des sophismes qui me replongeaient dans le trouble.

Un des sujets sur lesquels le doute me revenait le plus facilement, était l’utilité de la prière. Je priais, je voulais prier, je sentais le besoin de prier, j’écrivais des pages nombreuses pour me prouver à moi-même qu’il faut prier; et pourtant au fond de mon ânae restait toujours un doute que je ne pouvais chasser. Il me semblait que l’acte de la prière n’était pas logique; que ce n’était qu’une consolation illusoire! « Pourquoi, me disais-je, demander à Dieu de me rendre meilleur; ne puis-je pas me vaincre sans prier? La prière n’est qu’un désir exprimé, et dans ce cas elle n’est que le désir exprimé d’être heureux par le bien; désir que l’homme pourrait satisfaire par lui-même, en résistant forte-

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