‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 124 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ment au mal. Mais, comme souvent le courage manque, alors par la prière, par cette expression du désir qui est en lui, l’homme croit s’appuyer sur un être plus fort et n’emprunte réellement ses forces qu’à lui-même. Voilà, me disait ma raison viciée, voilà la réalité ; tout le reste est illusoire. Que l’homme veuille être vertueux, il le sera sans la prière, s’il en a la force. » — O le misérable sophisme ! ! Mais c’est précisément la prière, et la prière seule qui donne la force ; elle seule peut l’inspirer au martyr, comme elle l’inspire à l’homme dans la vie ordinaire. D’ailleurs, à quoi bon nous perdre dans des subtilités ? S’il est prouvé que nous devenons meilleurs en nous servant de la prière, il est évident que nous avons été créés de manière à en avoir besoin. Ensuite, comment Dieu l’exauce ; qu’importe que nous ne sachions pas l’expliquer? Tous les hommes connaissent-ils les ressorts secrets de l’âme et ses mouvements, et ses rapports avec vous. Seigneur ? Savons-nous même ce qu’est l’âme? Non, sans doute; mais il nous suffit que l’expérience de tous les hommes nous ait appris que c’est par la prière seule que l’on peut arriver à la vertu, pour proclamer qu’elle est nécessaire.

Mais ce qui vaut encore mieux que l’expérience . humaine, c’est votre divine parole. Oui, vous nous avez ordonné de prier, et notre cœur nous porte, malgré nous, à prier. Oh ! lorsque, dans le silence

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de la méditation, nous nous interrogeons, nousmêmes, nous reconnaissons la puissance delà prière. Non, ce n’est point une satisfaction illusoire. En effet, comment ne deviendrions-nous pas meilleurs en nous adressant à vous? Car, en vous demandant d’être meilleurs, nous vous demandons la force de vaincre le mal; nous vous demandons le bien. Mais vous, Seigneur, vous êtes le bien; vous êtes la force. Donc parla prière, nous mettons notre âme en rapport avec vous; nous nous approchons de vous; nous nous unissons à vous; nous nous unissons au bien et à la force. Or, peut-on s’unir au bien sans devenir meilleur, à la force sans devenir plus fort? Peut-on s’approcher du feu sans sentir la chaleur; delà lumière sans être éclairé? Oui, par laprièrenous nous rendons, en quelque sorte, participants de votre perfection ; tout le mystère, tout l’effet de la prière s’explique par l’union que la grâce opère entre l’âme et la Divinité. Pouvez-vous en effet. Seigneur, ne pas vous approcher de l’âme qui s’approche de vous, commedit saint Jacques?

Ma raison dévoyée me soulevait alors une autre espèce de difficulté. « Soit, me disait-elle, je conçois que l’homme, dans sa faiblesse, a besoin du soutien de la prière lorsqu’il veut devenir meilleur, et, pour ce cas, j’admets son utilité, elle peut être raisonnable. Mais, quand vous demandez à Dieu des grâces purement temporelles, des guérisons,

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