CHAPITRE III
des victoires pour vous ou pour d’autres, la prière me paraît un pur enfantillage... « Non, mon Dieu, cela n’est pas, répondais-je ; car Dieu peut tout. — Mais, reprenait ma raison, Dieu changera-t-il, au caprice de tous ceux qui l’invoquent, ses immuables décrets? » A cela, Seigneur, je ne veux faire qu’une réponse. C’est que, quel que soit l’objet que nous vous demandons, le but final de toutes nos prières est toujours notre bonheur. Or, vous, Sagesse et Providence, vous savez mieux que nous ce qu’il nous faut pour être heureux , vous savez quand il faut accorder ou refuser nos demandes; vous êtes notre père et nous sommes de petits enfants qui, dans notre ignorance, voulons saisir le feu parce qu’il brille. Nous vous demandons le bonheur : qu’importe de quelle manière vous nous exaucez, si c’est en nous accordant nos demandes, ou en nous inspirant la résignation, quand vous nous les refusez? Notre but, notre vrai but est le ciel. Si nous correspondons à votre volonté sur nous, nous sommes sûrs de l’obtenir. Tout le reste est mystère. Mais qu’est-ce qui n’est pas mystère ici-bas ? Oh ! la raison n’est vraiment raisonnable que lorsqu’elle sait qu’il est des choses qu’elle doit ignorer.
RETOUR
Il me fallait donc absolument le catholicisme avec sa vérité, avec sa logique et sa pratique; et, j’aime à le répéter, c’était au point que je me sentais catholique de cœur avant d’être entièrement chrétien. Que de choses je voyais dans le christianisme devant lesquelles mon orgueil se refusait à plier, et sur lesquelles je suspendais tout jugement; mais en admettant ces choses commeétant la vérité, la religion catholique seule satisfaisait non-seulement mon cœur, mais aussi ma raison. Elle seule me paraissait conséquente, tandis que toutes les autres sociétés chrétiennes se basaient sur les mêmes fondements, sur les mêmes mystères, mais en s’arrêtant devant les conséquences les plus rigoureuses que la raison doit en tirer. En outre, je voyais partout, en dehors de l’Église catholique, des paroles, des lois, des conseils ; en elle je trouvais des faits, c’est-à-dire la réalisation de la parole : la vie. Ainsi l’Église grecque séparée croit à la nécessité de l’autorité, et de l’unité d’une Eglise visible, mais l’une et l’autre lui manquent. Ainsi les sectes protestantes qui nient l’autorité, et qui par leurs