CHAPITRE III
principes mêmes doivent se trouver en contradiction flagrante avec elle, invoquent pourtant celle d’un Luther et d’un Calvin, etc. Il en est qui ne font pas difficulté de croire au mystère de l’Incarnation ; il ne choque pas leur raison ; mais celui de la présence réelle dans la sainte Eucharistie leur paraît impossible, comme si le premier mystère n’était pas aussi inconcevable que le second ; ou comme si celui-ci n’était pas aussi bien marqué dans l’Ecriture que le premier! Dans toutes les religions séparées je trouvais l’accomplissement de la condamnation suivante : « Comme la branche de la vigne ne saurait « d’elle-même, et sans demeurer attachée au cep, « porter aucun fruit, il en est de même de vous si « vous ne demeurez en moi. Celui qui demeure en « moi et en qui je demeure, porte beaucoup de « fruits » Oui, je trouvais que l’Eglise catho-
lique seule était attachée au cep divin; elle seule, depuis son institution, n’avait cessé de vivre; elle seule, en convertissant des individus et des peuples, elle seule, en enfantant sans cesse des missionnaires, des saints et des martyrs, elle seule portait beaucoup de fruits. Partout ailleurs, je trouvais des germes avortés, ou bien des branches stériles et desséchées.
J’étais donc catholique de cœur, et pourtant — je ne puis assez déplorer mon aveuglement — mon esprit s’arrêtait encore devant les vérités fondamen-
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taies du christianisme ; je ne voyais pas, qu’en refusant de les admettre, je niais toute vertu, toute moralité, et que je livrais le monde au hasard, c’est-à-dire au désordre. O Seigneur, qu’il est juste que nous soyons punis de notre incrédulité par l’aveuglement ! car vous l’avez dit : « J’ai appesanti son cœur... je l’ai frappé d’aveuglement. » (Exode, x.)
Oui, cela est juste ; et il est naturel que lorsque nous nous sommes obstinés, pendant bien des années, à tenir les yeux fermés à la lumière, ils soient tellement affaiblis que cette lumière les éblouisse et les aveugle, quand ils essayent de la contempler. Cela est juste, ô mon Dieu! car vous êtes la justice et la raison mêmes. La vérité était encore trop forte pour les yeux de mon âme affaiblie par l’erreur et le péché; elle était trop belle, trop éblouissante, elle devait donc m’aveugler ; mais vous avez eu pitié de moi, car en étant la justice, vous êtes aussi la miséricorde. Insensiblement vous avez fortifié mes organes spirituels, et vous avez daigné, sainteVérité, descendre dans mon âme et vous donner à elle.
Ce qui me choquait surtout, était l’existence du mal sous les regards de votre bonté infinie. Je ne savais pas encore que le mal n’est que la négation, que l’absence du bien, comme l’erreur n’est que l’absence de la vérité, comme les ténèbres ne sont que l’absence de la lumière, comme la mort est