CHAPITRE III
l’absence de la vie. Je ne savais pas que le positif seul existe, que le négatif n’a pas d’être, et je me disais parfois : « Dieu, en créant l’univers, a créé tout ce qui existe, il a donc créé le mal ; et la première prévarication, celle de l’ange déchu n’aurait pas eu lieu, si Dieu n’avait mis en lui le mal, le penchant au mal, la possibilité du mal. Dieu ne serait donc pas la bonté? » disais-je, et cette idée m’effrayait. Ensuite, en admettant la rédemption, je trouvais injuste que l’ange n’eût pu en profiter comme l’homme, et cela aussi me bouleversait. Oh ! que j’étais loin de savoir raisonner, et combien aujourd’hui ces difficultés me semblent faciles à résoudre ! Ce furent surtout les méditations quotidiennes, que mon directeur spirituel m’avait conseillées, qui dissipèrent mes doutes à ce sujet ; ces méditations, Seigneur, pendant lesquelles je me sens plus près de vous, plus uni à vous. Sagesse, Science infinie, pendant lesquelles je me sens parfois subitement inondé de lumière! J’éprouve alors des jouissances indicibles. Elles s’effacent bien vite, il est vrai, mais elles laissent toujours dans mon âme des traces de leur passage; c’est comme un parfum céleste, ou bien comme une traînée lumineuse. Et c’est ainsi et instantanément que me sont venues presque toutes les convictions qui sont aujourd’hui les plus fermes appuis de ma foi ; c’est ainsi que j’ai compris, sans effort, comment vous, tout-puissant
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et souverainement bon, avez pu créer les anges et les hommes capables de faire le mal.
En effet, vous existez, car vous êtes l’Être; personne n’en peut douter. Mais où existez-vous? Partout. Votre existence n’a jamais commencé; vous êtes îneréé, car vous êtes le Créateur, le principe de tout, le seul être nécessaire... la vie. Vous êtes donc la perfection, vous ne pouvez donc pas faire le mal; car le mal est l’opposé de vous qui êtes le bien. Vous pouvez tout, excepté ne pas être. Le soleil peut-il produire les ténèbres? Non, car il faudrait, pour que les ténèbres fussent, que le soleil ne fût pas ; or, le soleil pourrait ne pas exister, car il a été créé; mais vous, qui êtes le Créateur même, vous qui êtes l’Être des êtres, vous ne pouvez pas ne pas être ; donc vous ne pouvez pas le mal. Oui, vous existez toujours, ô divine Beauté ! et renfermant en vous toutes les perfections qui ne sont qu’un, qui sont vous, mais auxquelles dans notre faiblesse nous sommes obligés de donner des noms divers; renfermant, dis-je, en vous toutes les perfections, vous vous suffisez, vous êtes heureux, vous n’avez besoin de personne.
Mais, non, je me trompe ; vous avez en quelque sorte voulu avoir un besoin , le besoin de vous communiquer, c’est-à-dire de donner à des êtres en dehors de vous, le bien, le bonheur que vous éprouvez vous-même.