CHAPITRE
Le bien, voilà le positif; voilà l’existence; voilà la réalité ; le bien qui est la seule chose que vous puissiez donner, vous avez voulu le communiquer, et vous avez créé des anges. Mais pourquoi les avez-vous créés? Sans aucun doute pour votre gloire et pour leur félicité. En leur donnant la vie, vous leur donnâtes les moyens d’arriver au bonheur : ils devaient en jouir éternellement; c’est pour cela qu’ils existaient. Mais comment devaient-ils être heureux? Ils n’avaient pour cela qu’un moyen: rester unis à la source du bonheur, au bien, à vous, mon Dieu. Oui, ils devaient rester attachés à vous, toujours vous admirer et vous aimer. L’éternité pour eux devait être la contemplation de l’éternelle beauté et leurs joies infinies devaient s’exprimer par l’éternel hosanna ! Ils devaient, ô paix ! ô bonheur! ô perfection ! ils devaient vivre de votre vie toujours, toujours...
Mon Dieu, tel a été votre but en créant les anges. En est-il un plus beau? Oh! non : amour, vous vouliez aimer; bien suprême, vous vouliez vous communiquer, vous répandre : répandre la perfection relative qui est une copie de votre perfection absolue. Mais-pour que le bonheur de l’ange fût mérité, il fallait qu’il y parvînt par un acte libre; c’est-à-dire il fallait que la créature intelligente fût douée de liberté. La liberté est une des conditions du bonheur.
RETOUR
L’incrédule me dira peut-être : — « Dieu n’est donc pas complètement heureux, puisqu’il n’est pas libre de ne pas être, puisqu’il n’est pas libre de faire le mal? » — Mais cette objection est vaine; car vous, Seigneur, qui êtes incréé, vous êtes le bonheur même; vous ne pouvez vouloir vous séparer de vous-même; vous êtes l’objet et le sujet en même temps, et puisque vous êtes la perfection, en vous se trouve la plus complète liberté. Oui, vous pouvez tout, excepté ne pas être, excepté le mal ; et vous jouissez de cette impossibilité, comme nous de la possibilité de faire le bien que vous nous avez accordée. L’ange, au contraire, créature et être contingent, a pu se rendre malheureux, parce qu’il a pu s’éloigner de vous. — « Mais, me demandera l’incrédule, pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé les anges de manière à ce qu’ils ne pussent être qu’heureux?» — Je réponds : « Dieu l’aurait pu sans doute, mais il n’y était pas obligé, » et votre amour, ô mon Dieu! a fait plus qu’il n’était obligé de faire, en créant l’ange enrichi de vos grâces, et en lui donnant les moyens d’arriver au bonheur suprême.
Mais, hélas! parmi les anges, quelques-uns ne se sont pas contentés de n’aimer que vous; ils ont voulu s’aimer eux-mêmes et, en dehors de vous, se contempler eux-mêmes ; ils se sont admirés, ils vous ont oublié; vous n’avez plus été l’unique objet de leurs sentiments; ils ont pensé à eux; et, deve-