A CHAPITRE PREMIER
en tremblant et grincer les dents en faisant semblant de sourire : voilà, voilà, Seigneur, où mène l’amour profane, tandis que les sentiments que vous inspirez... oh ! je ne puis les décrire ; car je sens que je ne vous aime pas assez. Je voudrais vous aimer, je voudrais que mon âme fût remplie de vous. Hélas! elle me paraît vide, et pourtant une étincelle de votre amour suffirait pour la remplir ; il est vrai qu’en la remplissant , elle l’agrandirait davantage, de sorte que je désirerais toujours; mais ce désir n’est plus une peine, c’est le désir de l’infini, c’est une douce espérance , c’est la certitude que donne la foi. Seigneur, vous êtes la perfection, et moi je voudrais vous aimer; je voudrais faire entrer dans un cœur coupable l’amour de l’être le plus pur. Ah! pour vous aimer, il faut être pur soi-même et je ne le suis point ; non, je ne le suis poi ni. . . , mais je suis repentant..., pas assez, pas assez... Mon Dieu ! faites-moi donc comprendre combien je suis mauvais... Hélas! je l’oublie si vite, je me laisse aller aux distractions, et je jouis d’un bonheur matériel qui pèse à mon âme. O Seigneur ! faites que j’aie le courage de vous demander des douleurs. Hélas ! ma volonté est si faible ! et pourtant je voudrais me sacrifier pour vous !... Entrez dans mon âme, vérité sans tache, vertu, force, amour, bonheur; entrez dans mon âme! Que je me donne tout entier à vous; que ce ne soit point en paroles, mais en ac-
ÉGAREMENT
lions; que je vous aime de jour en jour davantage; que je vous aime jusqu’au moment de quitter la terre, de sorte que mon dernier soupir soit un soupir d’amour qui s’achève dans le ciel.
A vingt ans, je me mariai : une jeune fille que j’aimais et dont l’âme cachait des trésors s’unissait à moi avec bonheur. Mon Dieu, en permettant cette union, votre providence avait ses vues : vous vouliez me sauver; cette jeune fille , si pure, devait devenir l’instrument de mon salut; elle devait souffrir, mais sa souffrance lui ouvrait le ciel; elle devait mourir, mais sa mort devait me racheter.
Quand j’allai à l’autel, à quoi pensais-je? Hélas ! Seigneur, pas une minute à votre présence. Oh! dans ce temps-là, vous n’existiez pas pour moi ! Dieu était pour mon esprit un mot vague, un terme de convention, ou tout au plus un être mystérieux, auquel je ne devais rien, qui n’était rien pour moi, et dont l’existence ou la non-existence m’étaient également indifférentes. M’étayant de sophismes