‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 130 sur 203 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

le pressez de revenir, car plus vous détestez le péché, plus vous aimez le pécheur; et plus aussi, je l’ai déjà dit, vous voulez le sauver; mais s’il persévère dans le mal, s’il s’est rendu impuissant pour le repentir, s’il meurt dans le péché mortel ; ah ! il est transporté hors de la vie active, hors de l’état de l’épreuve, dans l’état de l’inaction, dans l’état final qui ne peut plus changer. Comme l’ange déchu, il a atteint le terme. En effet, pour que la cessation de la douleur et de la peine pût avoir lieu, il faudrait qu’il y eût cessation du mal; mais cette cessation ne peut exister que par le repentir et le pardon, et l’un et l’autre sont devenus impossibles, parce que la grâce n’habite pas l’enfer, parce que le sang de Jésus-Christ n’y coule pas. Il faut donc bien, hélas! que la peine soit sans fin. Ah! dans cet affreux état, le damné comprend bien mieux qu’on ne peut le faire dans cette vie, qu’il est lui-même le seul auteur de son infortune ; que c'est la créature, que c’est le péché qui a fait l’enfer, et que si vous l’y condamnez, Seigneur, c’est parce que l’ordre et la justice exigent que le mal soit puni, et que le pécheur subisse la conséquence logique de l’abus qu’il a fait de la grâce et de la liberté. D’ailleurs, si l’enfer n’existait pas, toute moralité serait perdue, le monde serait livré au mal ; et saint Jean Chrysoslome a raison de nous dire : « Que nous devons vous remercier de nous avoir appris à con-

naître l’enfer, puisque rien ne peut autant que cette pensée nous faire maîtriser nos passions et nous empêcher de tomber dans le souverain malheur. »

O mon Dieu! que je vous bénis de m’avoir éclairé sur ces questions ! Ma raison se trouve à présent d’accord avec ma foi, et je comprends que vous n’avez voulu offrir le bonheur ni à l’ange ni à l’homme sans leur donner en même temps la liberté de ne pas vouloir en profiter. Mais quand mon cœur flottait encore entre vous et l’erreur, et que ma raison voulait tout juger, je me demandais souvent : — Comment se fait- il qu’un Dieu bon ait créé des êtres qu’il savait devoir se perdre? — Cette question que je ne pouvais résoudre me tourmentait; aujourd’hui , elle est encore insoluble pour moi, mais elle ne m’inquiète plus. Les subtilités dont s’occupait ma raison n’importent guère à ma foi; je sais que vous ne pouvez pas le mal, que vous ne pouvez pas le vouloir. Ce que vous avez dit, ce que votre Eglise enseigne, me suffit ; je n’en veux pas savoir davantage. Rien dans cet enseignement ne me choque plus, je me soumets avec bonheur, sachant, Seigneur, que la foi est plus belle que mes vaines lumières, et que l’acte le plus raisonnable que ma raison puisse faire , c’est de reconnaître son impuissance devant vous.

Et maintenant, parlerai-je encore de mes anciens doutes sur le péché originel, sur la rédemption, etc.?

Page 1