CHAPITRE
doute que les grâces dont vous nous comblez, sont innombrables; chaque bon désir, toute bonne peu* sée, le moindre bon mouvement en nous est une faveur. La grâce est comme un fleuve , comme le Nil qui avance dans les campagnes pour les fertiliser. L’homme est comme la terre ; s’il oppose une digue aux flots bienfaisants , ils ne peuvent avancer, et leurs efforts demeurent infructueux ; mais si, au lieu de s’élever en montagnes, la terre ouvre au fleuve un large sein, il l’inonde, la pénètre et la rend productive. Certes, le plus grand criminel, lui-même, serait arrivé à la sainteté, si, au lieu de vous résister, il avait toujours suivi les inspirations de la grâce, les impulsions, les exigences de son cœur. J’en suis sûr, et cette pensée me remplit d’amour et de reconnaissance !
Quel est le coupable, en effet, — et qui n’est pas coupable? — qui pourrait soutenir avec vérité qu’il n’a pas été bien souvent appelé par la voix de sa conscience à rentrer dans le chemin de la vertu? Tous les hommes entendent cette voix ; les uns y répondent et se jettent dans vos bras, les autres se bouchent les oreilles et se précipitent dans l’enfer. Tous, quand il leur vient dans la pensée de faire une mauvaise action, s’entendent dire en eux-mêmes : Il ne faut pas agir ainsi ; — mais ils passent outre, éprouvant , malgré la jouissance du péché , le sentiment du regret et de la honte, en un mot, le
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remords ; tous ont senti qu’ils ont toujours été libres de faire le mal ou d’y résister.
Seigneur, si ces choses sont vraies, si elles sont une loi de l’humanité, et si on admet votre existence comme Créateur, qui oserait prétendre que vous n’êtes pas la Providence, et que vous n’exercez pas une action incessante sur notre âme pour nous attirer vers le bien, vers le bonheur, c’est-àdire vers vous-même? Oh! pas un homme de bonne foi n’oserait le soutenir, et c’est tout ce qu’il nous importe de savoir pour être persuadés que votre grâce est justement répartie entre les hommes.
D’ailleurs, n’avez-vous pas dit, pour nous rassurer, qu’on ne demandera beaucoup qu’à celui qui aura beaucoup reçu ? n’avez-vous pas dit que les derniers ouvriers seront récompensés comme les premiers? Votre Évangile n’est-il pas rempli de textes consolants ? Oh ! vous n’êtes pas avare de vos faveurs; plus on les accepte et plus vous en donnez; le bien les attire ; elles sont comme la rosée qui, venue du ciel sur la terre, remonte de nouveau pour retomber en pluie abondante. Non, non, personne n’a le droit de se plaindre, et chaque homme reçoit assez d’inspirations pour atteindre le bonheur ici-bas et dans l’éternité.