‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 134 sur 203 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Je dois compter au nombre des grâces que j’ai reçues, la rencontre que je fis, à mon arrivée à Paris, du prince Jean Gagarin , aujourd’hui religieux de la Compagnie de Jésus. Plus jeune que moi de dix ans, d’un esprit prompt et cultivé, et d’une imagination active, il possédait, et c’était en lui le trait le plus frappant, une âme de feu qui avait besoin de se communiquer , et qui , ne pouvant trouver dans le monde des éléments à embraser, ne savait comment satisfaire la soif qui le dévorait. C’était une âme de missionnaire qui errait comme perdue et se consumait elle-même. Mais vous daignâtes donner un but à son enthousiasme; vous daignâtes la toucher en lui montrant le chemin du salut, de la gloire et du bonheur ; en un mot , le chemin de la croix qui, pour le monde, est une folie et un scandale. Le prince Gagarin n’avait jamais cessé de croire au christianisme ; et , comme les âmes d’élite, il avait toujours senti de l’attrait pour la vérité, c’est-à-dire pour la religion catholique. Nous nous étions connus autrefois, dans des temps de dissipation ; et maintenant, nous nous rencontrions de

nouveau ; lui, gai, actif, occupé de mille projets qui devaient tous avorter, cherchant et fuyant la vérité tour à tour; en un mot, se partageant entre vous et le monde..., moi, triste, malheureux, tourmenté, et pourtant conservant au fond du cœur l’espérance d’un avenir plus clair. Il vint à moi avec amitié ; je savais que son âme était catholique ; aussi éprouvai-je comme un besoin de lui dire ce qui était dans la mienne. Avec quelle promptitude nous nous comprîmes ! et cela devait être : vous étiez le lien qui nous unissait. Nous aimions à nous trouver ensemble, et bientôt nous en prîmes tellement l’habitude, que nous passions presque toutes nos soirées l’un avec l’autre, lisant, étudiant, et nous racontant mutuellement les grandes choses que vous opériez en nous. Je lui parlais de ma femme , de sa vie si belle, de sa mort plus belle encore; je lui parlais des reproches que me faisait ma conscience, et des désirs invincibles qui s’étaient comme emparés de moi : lui me parlait aussi de ses désirs et surtout de sa foi ; je l’admirais, je lui portais envie, et nous nous enflammions mutuellement d’amour pour la vérité. Son amitié me fut bien salutaire. Parmi les nombreux ouvrages que nous lûmes ensemble , je citerai celui du R. P. Rozaven que j’avais déjà lu à Boulogne, la Symbolique de Mohler, et un livre russe de M. Mouravieff : ce dernier ouvrage a pour titre : La vérité sur l’Église universelle, et pour but de prou-

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