‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 15 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

absurdes , je voulais me persuader que tout est matière, et que nos actions sont le résultat de notre organisation physique , ou bien l’effet du hasard. Quant au gouvernement providentiel d’un Maître suprême et à l’action de votre divinité sur l’individu , je la niais absolument, et je m’imaginais je ne sais quelle force aveugle que je ne pouvais m’expliquer, mais qui me paraissait plutôt mauvaise que bonne. Quelle folie ! quel sot orgueil ! Oh ! lorsque je pense à ces tristes années, je m’épouvante et je serais tenté de douter de ma conversion. Mais non, je ne dois pas en douter, car vous avez dit que là où abonde le péché , surabonde la grâce. Consolante pensée, parole qui ne peut venir que d’un Dieu et que le chrétien seul peut comprendre. Ainsi, Seigneur, en permettant mon mariage, vous pensiez à moi, qui ne voulais pas de vous, et vous me prépariez des trésors de grâces. Votre amour est incompréhensible ; mais serait-il divin si l’homme pouvait le comprendre? Non , c’est un océan sans rivage et sans fond , comme votre puissance , comme votre justice , comme votre sagesse , comme votre existence , ô Être des êtres !

Egarement.

A cette époque , le bien et le mal se disputaient toujours mon âme. D’une part combattait votre grâce. Seigneur, de l’autre ma volonté. Cette lutte était inégale, sans doute, car vous êtes tout-puissant; mais vous aimez tant votre créature et vous désirez si ardemment son bonheur que vous avez voulu, tout en laissant votre puissance sans bornes, la limiter en quelque sorte par votre amour. Pardonnez-moi, mon Dieu, je sais que je me sers d’expressions indignes de votre infinie perfection; mais la langue humaine est si faible quand elle veut parler de vous ! Oui, pour être la perfection, vous devez être non-seulement la puissance et l’intelligence , vous devez être encore l’amour. Or, votre amour veut que l’homme soit heureux, mais il ne peut l’être que par la vertu , et qu’est-ce que la vertu , sinon l’acquiescement au bien ? Tout le mystère de la vertu n’est autre chose que cet accord libre de la volonté individuelle avec votre volonté, ô mon Dieu! Là, dans cet accord, dams cet acquiescement, dans cette ferme résolution de vouloir ce que vous voulez, là est la vertu, là est donc aussi le bonheur.

Page 1