‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 143 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sainte. La veille de ce jour heureux, en l’entendant prêcher, j’avais éprouvé comme un besoin irrésistible d’aller lui ouvrir mon cœur, et le lendemain matin à six heures j’étais déjà dans l’église de Notre-Dame au pied de l’autel où le R. P. de Ravignan célébrait la sainte messe. Une demi-heure après vous me conduisiez près de lui; près de celui qui devait être désormais mon directeur, mon père, mon guide, mon soutien et mon appui. Oui, j’étais à ses côtés, mon âme s’épanchait dans la sienne, il souriait de bonheur et nous palpitions tous deux sous l’action de la grâce. — « Mon Père, » lui disais-je, « je ne viens pas vous demander si je dois me faire catholique ; je le suis de cœur, ma conviction est complète, et je suis décidé à faire tous les sacrifices pour ma foi. » — Et le P. de Ravignan souriait toujours avec plus de bonheur; son âme catholique, son âme de saint se répandait sur ses traits. — « Oui, je suis décidé, •> lui dis-je ; mais j’ai des enfants dont toute l’existence dépend de moi : notre législation est des plus rigoureuses, vous le savez; que dois-je faire? Surtout ne pensez pas à moi, mon Père, je ne mourrai pas de faim. » — Et ce prêtre zélé me donnait les conseils que j’ai eu le bonheur de suivre, et que votre sagesse elle-même lui inspirait.

Oh ! oui, c’était votre grâce qui me guidait, lors-

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que je prenais la douce habitude d’aller déposer dans son cœur tous les secrets du mien. Que de fois je me suis dirigé vers cette sainte maison de la rue des Postes, l’esprit agité et le cœur rempli de trouble ! que de fois, en y allant, je sentais que d’épais nuages obscurcissaient mon âme; que la froideur, le dégoût et le découragement s’en étaient emparés ! Eh bien! chaque fois que j’en suis sorti, le calme était de nouveau dans mon âme ; le monde me paraissait changé, le ciel était plus beau, l’air plus léger, et la ville moins triste. J’étais un autre homme, je me sentais heureux, reconnaissant et plein d’amour. Car, aux pieds de ce saint prêtre, j’avais épanché et vidé mon cœur, j’avais versé des larmes, je m’étais volontairement humilié. Mon Dieu, mon Dieu, puis-je rendre en paroles ce que j’éprouvais alors ?

Non, aucun raisonnement, aucun sophisme n’aurait pu me convaincre que j’avais tort; je sentais la vérité, je la voyais, je la goûtais, elle était à moi ; c’était une acquisition nouvelle, celle de la conviction, d’une conviction intime, inébranlable, entière, parfaite ; en un mot, de la conviction par le sentiment. — Et que l’incrédule ne rie pas; il existe des choses que dans sa philosophie il doit ignorer; il existe un monde inconnu, invisible pour lui; le raisonnement et la chair n’y atteignent jamais... Mais qu’il le demande, ce monde in-

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