CHAPITRE III
n’hésiterais pas. La mort seule pourrait me donner la force de changer de religion, la force de remplir mon devoir. »
Ce jeune homme se portait bien ; mais peu de jours après la conversation que je viens de citer, il tomba malade ; sa poitrine fut attaquée, et trois mois après, les médecins déclarèrent qu’il n’avait plus que peu de temps à vivre. Aidé de Théodore Galitzin, en qui il avait une grande confiance, je crus devoir lui parler avec ménagement du danger de son état. D’abord il se refusa à y croire ; mais lorsqu’il en fut convaincu, ihse résigna à mourir, et fut heureux de recevoir un prêtre catholique. M. l’abbé Desgenettes, dont le nom vaut plus que tous les éloges, vint le voir; et cet excellent jeune homme, montrant alors autant de courage qu’il avait eu de faiblesse peu de mois auparavant, se jeta avec bonheur dans les bras de notre mère commune. — « Que je suis fier, que je suis heureux ! » nous disait-il en nous embrassant, « j’appartiens à la vraie Église. » — Ces paroles, il me les répétait sans cesse. Il mourut avec calme, et le dernier mouvement de ses lèvres fut pour les presser sur l’image de votre corps crucifié, ô mon doux Jésus !
RETOUR
Enfin le grand jour approchait, et, à la fin de l’année 1842, il fut décidé entre le P. de Ravignan et moi que je ferais mon abjuration le 6 janvier 1843, jour de la vocation des gentils. Le temps qui me restait jusqu’à ce moment, je le consacrai à des lectures, à la méditation et à la prière.
Néanmoins, je dois le dire, à mesure que l’instant de ma délivrance approchait, je sentais se refroidir en moi le feu de l’enthousiasme que votre sainte vérité y avait allumé. Ma nature se révoltait à l’idée du joug sous lequel elle allait se courber; et mon orgueil et mes passions, ces anciens maîtres de mon cœur, tous ces démons à peine endormis, se révoltèrent avec fureur pour tenter un dernier assaut sur l’âme qui allait leur échapper. Bientôt, je sentis dans mon cœur un froid glacial et désolant, je me trouvai sec et aride... Oh! je vous demandais, Seigneur, un peu de chaleur pour m’aider à consommer le sacrifice!... Mais en vain, ma froideur augmentait de jour en jour. « Comment ! me disais-je, demain tu seras enfant de l’Église; demain tu auras atteint le but de tes désirs; tu