‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 146 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

seras un autre homme, et tu ne sens rien !... » — Et le démon me suggérait des scrupules et de mauvaises pensées : je ne me sentais pas assez bon pour être catholique, je me trouvais trop froid. Mais le P. de Ravignan me consolait en souriant. « Tant mieux, me disait-il, et je préfère que vous fassiez ce grand acte avec calme et par persuasion que dans un moment d’exaltation. » Puis il ajoutait : — « Parce que vous êtes changé, est-il à dire que Dieu le soit, que la vérité le soit ? Non ; la vérité est immuable : mais vous n’avez pas encore l’expérience de la vie spirituelle, c’est à ceux qu’il aime que Dieu envoie des sécheresses; car il veut augmenter leur amour par l’épreuve. » — Il avait bien raison, et à présent je vois clairement que ce que je prenais pour de la froideur, était un profond recueillement de moi-même à l’idée de l’acte important que j’allais accomplir. Mes facultés étaient arrêtées, et ma vie morale, en quelque sorte, suspendue; je ne pouvais donc pas me juger moimême. Mais, grâce à vous, Seigneur, j’eus un guide éclairé. Et puis, je le crois et je dois le dire, si, lorsqu’on a pris la résolution de se faire catholique, on éprouve, quelque temps avant d’abjurer, des doutes et des tentations de revenir sur ses pas,... oh! que l’on passe outre, et. qu’on méprise ces doutes. La foi avec la paix complète, entière, ne se donne que comme une récompense du sacrifice.

RETOUR

C’est une vérité dont j’ai fait l’expérience, et que bien d’autres convertis ont éprouvée aussi. Dans nos rapports avec Dieu, il faut se contenter de la certitude que donne la foi.

Je sais que l’incrédule trouverait mille raisons à alléguer contre cette vérité... Mais l’incrédule estil juge compétent en matière de foi? Qu’il se contente de la philosophie des sens et de la philosophie de la raison humaine. Pour celle de la foi, il est aveugle... Qu’il prie donc, s’il veut comprendre ; car la foi se donne : et s’il ne veut pas prier... Seigneur, que d’autres prient pour lui !

A l’époque de mon abjuration, ma fille était très-malade. Depuis un an, d’affreuses douleurs parcouraient tous les membres de son corps, et, depuis quelque temps elles s’étaient fixées dans le genou, comme au début de la maladie. Elle ne pouvait pas le plier et il lui était impossible de marcher. Ma mère était alors à Nice, où mademoiselle Céline de Maistre avait été guérie peu de mois auparavant par l’application d’une relique du chanoine del Buffalo, mort en odeur de sainteté en 1836. D’après le conseil d’une pieuse dame russe qui, depuis, a eu le bonheur de rentrer dans l’Église, j’avais écrit à ma mère pour lui demander de me procurer une parcelle de cette même relique. Le 5 janvier, veille du jour fixé pour la cérémonie de mon abjuration, je reçus ce que

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