CHAPITRE III
j’avais demandé : ma mère y avait joint la prière au précieux Sang, connue sous le nom des Sept Offrandes.
Dans la soirée, le prince Galitzin vint me voir. Je m’empressai de lui montrer la relique. « Faisons, me dit-il, une neuvaine au chanoine del Buffalo pour la guérison de votre fille ; cette relique arrive à propos : c’est demain le grand jour. — Non, lui répondis-je, je n’ai vraiment pas, dans ce moment, le courage de demander à Dieu une grâce temporelle. Que sa volonté soit faite ! » En me couchant, j’étais calme et froid. « Dans quelques heures tu seras catholique, pensais-je, et tu ne sens rien !» — La nuit mon sommeil fut trèsagité. 11 me vint un songe qui m’a frappé par sa coïncidence avec l’esprit de laréalité, avec la partie spirituelle de cet événement le plus important de mon existence. *
Oui, il m’est doux de croire que c’est aux prières de la femme pieuse que j’avais perdue, que je dois d’être entré dans le sein de l’Église. Jamais je n’oublierai avec quel accent elle me disait : — « N’est-ce pas, tu te feras catholique ?... prometsle-moi. »
Le lendemain vers huit heures du matin, 6 janvier 1843, jour fortuné, heure mille fois bénie! j’étais dans la chapelle du couvent des Oiseaux, où je trouvai le R. P. de Ravignan, madame Swetchine
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et Théodore Galilzin. Le prince Gagarin était en Russie, sans quoi il n’eût pas manqué à cette solennité ! Tout ce que je puis dire sur la cérémonie de mon abjuration, c’est qu’elle eut lieu; que le P. de Ravignan me donna l’absolution de tous mes péchés; qu’il me dit, pendant que j’étais à genoux au pied de l’autel, des paroles qui me firent verser beaucoup de larmes, et qu’il me donna la sainte communion. Quant aux détails, il m’est impossible de m’en souvenir. Entre cet instant et ma mémoire s’étend comme un voile épais, et je me rappelle seulement qu’anéanti sous le poids du mystère qui s’opérait en moi et autour de moi, je ne pouvais, pour ainsi dire, ni sentir ni penser ; il me semblait que ma vie était arrêtée, et si j’éprouvais encore quelque chose, c’était la douleur de ne rien éprouver. Oh ! à présent je comprends que c’était parce que je sentais trop, que je croyais ne' pas sentir.
Après la messe, en prenant congé du P. de Ravignan, je lui dis tristement : « Mon Père, je n’ai pas de foi. » — Il sourit avec bonté ; il savait mieux que moi ce qui se passait dans mon âme ! Bien souvent, depuis cette époque, il m’a rappelé ces paroles ; et aujourd’hui encore, lorsque je lui parle avec reconnaissance de ma joie, de mon bonheur, il me dit avec un saint sourire : « Oh ! vous n’avez pas de foi ! »