‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 16 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Or, pour exercer sa volonté, pour la donner, pour pouvoir en disposer, il faut l’avoir , c’est-à-dire il faut être libre; il faut être libre de réagir sous votre action divine par le consentement , ou de s’y refuser par une révolte coupable. Voilà où est la grandeur de l’homme , voilà .où est sa dignité, voilà où est la garantie de son bonheur : dans sa volonté , unie à l’action de votre grâce. Aussi, le chœur des anges, après avoir glorifié Dieu, a-t-il proclamé la liberté humaine, en disant: « Paix aux hommes de bonne volonté ! » aux hommes qui ont la volonté du bien. C’est là, Seigneur, ce que les rationalistes n’ont jamais voulu comprendre. Dans leurs blasphèmes, ils croient raisonner et être conséquents ; mais par cela même qu’ils s’éloignent de vous. Sagesse éternelle , ils tombent dans l’absurde. « Si « Dieu , disent-ils, nous aime comme on le pré- « tend, pourquoi nous donner des passions à com- «. battre, et pourquoi nous punir quand notre « faiblesse succombe ?. . . Pourquoi toute cette com- « binaison de bien et de mal, et pourquoi ne pas « nous donner le bonheur tout de suite et sans tant « de circuits? » Pourquoi? D’abord , ce n’est pas Dieu, leur dirai -je, qui, en créant la nature, nous a donné les passions désordonnées, les passions mauvaises; elles sont une conséquence du mal, mystère que vous ne pouvez raisonnablement expliquer sans admettre le péché originel qui, lui-même, est

ÉGAREMENT

une conséquence de la liberté. Que s’ils me demandaient pourquoi vous nous avez doués de liberté, mon Dieu , sachant que nous pourrions en abuser, je leur demanderais à mon tour si la liberté est un bien ou un mal ? Que si c’est un bien (et certes ils ne peuvent le nier), je leur demanderais si ce n’est pas une impiété de vous reprocher ce don magnifique, et j’ajouterais que, comme ce sont des créatures finies et imparfaites qui jouissent de ce don , de cette liberté, elles doivent nécessairement , à moins d’un secours extraordinaire de la grâce, être sujettes à faillir. De là découle, logiquement, la nécessité de la possibilité de la faute , c’est-à-dire du péché , imputable à l’homme seul, parce qu’en le commettant, il abuse d’un don que Dieu lui avait fait pour le conduire au bonheur. Et si cette réponse ne satisfait pas nos adversaires, je leur dirai avec saint Paul : « O homme ! qui êtes-vous pour court tester avec Dieu? Un vase d’argile dit-il à celui « qui l’a fait: Pourquoi m’avez-vous fait ainsi? » Je lui dirais encore : Dieu est parfait ; mon intelligence ne peut pas plus comprendre son intelligence que mon amour ne peut comprendre son amour; je le sais, et ma raison me dit que je dois me taire et bénir.

Que si les rationalistes me demandent encore pourquoi vous ne donnez pas à tous les hommes cette grâce extraordinaire, qui les empêche de tom-

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