‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 153 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

parmi eux avec confiance et charité; il s’agit de l’ordre religieux auquel j’ai le bonheur d’appartenir, et que mon devoir ainsi que mon amour m’ordonnent de défendre. Ces paroles, je le certifie, ne m’ont été ni dictées, ni conseillées, ni inspirées en aucune façon ; elles viennent de ma raison et de mon cœur.

O vous tous qui jugez les vocations religieuses et qui vous permettez de les blâmer et de les condamner, dites-moi, êtes-vous vraiment compétents; et connaissez -vous tous les rapports d’une âme avec son Dieu? Connaissez-vous ses besoins, en avez-vous sondé les profondeurs et les mystères? Savez-vous quelles sont à son égard les exigences de la grâce? Non, vous ne le savez pas; mais vous n’aimez pas la vie religieuse, la résolution qu’a prise cette âme ne vous convient pas : et dès lors elle a tort, elle est faible, elle s’est laissé séduire.

Avec quelle légèreté vous prononcez! Oui, je vous le demande, connaissez-vous les besoins de l’âme que vous condamnez ? Et, si cette âme a la conviction qu’elle est appelée de Dieu, si elle a longtemps pensé et prié; si elle a demandé d’être éclairée et de ne rien entreprendre contre l’éternelle volonté; si enfin, après avoir prié, consulté et attendu, elle s’est convaincue, dans toute la liberté de sa raison, que son salut est attaché à la réalisation de celte grande pensée, dites-moi, ne

renoncerez- vous pas à votre premier jugement?

Quoi ! une vocation est donc une chose monstrueuse, inouïe? Mais depuis que le christianisme existe, n’y a-t-il pas toujours eu des anachorètes, des moines, des religieux et des prêtres? N’a-t-on pas vu des princes et des princesses, des rois et des reines échanger leurs habits dorés contre la bure du religieux? L’Église, ce tribunal qui juge le monde en dernier ressort, n’appelle-t-elle pas notre état, un état de perfection? L’Évangile ne nous recommande-t-il pas la chasteté, la pauvreté et l’obéissance volontaires? Jésus-Christ ne nous conseille-t-il pas de tout abandonner pour le suivre? Saint Paul n’exalte-l-il pas la folie de la croix? Le cœur enfin, le cœur lui-même ne nous dit-il pas parfois qu’il est bon de fuir le monde pour chercher le repos dans la solitude et les bonnes œuvres? Ah! n’êles-vous plus chrétiens, ou avez-vous oublié la langue de votre enfance? Qu’on m’ait blâmé de m’être fait catholique, je le comprends : l’erreur doit blâmer la vérité; mais qu’on en veuille à un catholique d’avoir embrassé la vie religieuse, de la part de chrétiens cela ne se peut comprendre. Oui, c’est parce qu’il s’agit d’intérêts plus graves que ceux de ma chétive personne, c’est parce qu’il s’agit de la vérité, que j’ajoute aujourd’hui celle quatrième partie à l’histoire de ma conversion, et que j’entreprends de raconter de quelle manière

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