DEUXIÈME PARTIE
Dieu m’a appelé à la vie religieuse et comment il m’a donné la force d’exécuter le plus cher de mes vœux.
On a vu dans l’histoire de ma conversion avec quelle rapidité les vérités fondamentales du christianisme entrèrent dans mon âme, aussitôt après le malheur salutaire dont Dieu s’était servi pour me rappeler à lui. On a vu aussi que, dans mon intelligence et dans mon cœur, la conviction de l’existence de l’âme et l’amour de la vertu avaient donné naissance à l’idée de l’infini. Eh bien ! dès lors cette idée ne m’a plus quitté; cette idée de l’infini, de la perfection, de Dieu, devint la compagne nécessaire et continuelle de mon existence. Elle y entra; elle en fit partie; et, sans cesse, elle planait devant mes yeux, comme un but que je devais atteindre dans le ciel et dont je pouvais toujours me rapprocher sur la terre. Non, ce n’était point un mirage, c’était bien la réalité ; et, quoique je ne pusse donner une forme exacte à ma pensée, elle était constamment présente, et tou-
jours je me disais : « C’est là qu’il faut arriver. » Eh bien ! je crois, oui, je crois que c’est de cette pensée que Dieu s’est servi pour me faire persévérer dans la pratique religieuse et pour me détacher peu à peu du monde. Il est vrai que ce germe de vocation que l’on a vu naître dans mon âme sous l’influence des premières lueurs de la vérité, est resté longtemps caché ; mais à mesure que la vérité y grandissait, elle le réchauffait et le préparait à se développer et à produire. Ce ne fut, néanmoins, que lorsque mes devoirs de père ne mirent plus obstacle à l’attrait de la grâce, et que je fus entièrement libre, que cette lumière brilla d’un éclat si vif que le germe devint plante ; ma vocation se réalisa. Oui, l’idée de l’infini, l’idée du bien, du parfait était dans mon âme ; je la voyais en moi, je l’ai dit plus haut, et cela me rendait heureux; mais cela ne suffisait pas, il fallait encore traduire cette pensée en acte. Comment? Je l'ignorais. Je ne savais rien, tout était vague, confus dans mon esprit, Dieu seul le savait. Je ne savais rien, et pourtant j’étais catholique, je savais donc tout ce qu’il faut savoir. Je savais que le parfait, l’infini, l’absolu existe, et que cet infini est Dieu. Je savais que je viens de lui et que c’est à lui que je dois aller. Je savais que Dieu est la sainte Trinité qui crée et conserve. Je savais que le Verbe s’est fait chair, qu’il m’a racheté et qu’il a laissé à son Église