DEUXIÈME PARTIE
cette vérité qui seule peut me sauver; je savais que le Saint-Esprit est amour, et que cet amour sanctifie; je savais que je devais aimer mon doux Jésus, et que je ne pouvais arriver à lui que par le bien, c’est-à-dire par lui-même, parce qu’il est non-seulement le but, mais encore la vie. Je savais que cette voie est en même temps la vérité et la vie : la vérité que je possédais sans doute, mais dont j’avais soif, dont j’aurais toujours soif encore, précisément parce qu’elle est l’infini, c’est-à-dire la vie, la vie réelle, la vie qui est Dieu. Oui, il me fallait arriver au bien par le bien, au parfait par le perfectionnement, à l’infini, en élevant, en prolongeant le fini. Mais cet infini, mais ce bien, c’est Jésus; il fallait donc aller à Jésus, marcher avec Jésus, faire vivre Jésus en soi. Cela ne pouvait s’effectuer que de loin, sans doute, de loin, de bien loin, de toute la distance qui nous sépare de la Divinité; mais, en toutes manières, il fallait que cela se fît. Oui, il fallait traduire en acte fini la pensée de l’infini; il fallait donc s’efforcer de devenir pur et humble, pauvre et obéissant, il fallait se renoncer, expier, souffrir et porter sa croix tous les jours; il fallait, en un mot, suivre Jésus et réaliser d’une manière terrestre le céleste idéal.
Mon Dieu, je suis loin d’avoir accompli ces désirs. Achevez votre œuvre!
Cette œuvre, elle s’opérait en moi sans que je
m’en aperçusse; car ce n’est jamais pendant le travail de la grâce qu’on peut en apprécier les progrès. Je ne voyais rien, je ne savais où j’allais; Dieu seul le savait. Sa voix, sa voix secrète parlait sans cesse à ma conscience et à mon cœur; et moi, tantôt en résistant, tantôt en m’abandonnant avec délices, je me laissais guider.
Comment cela s’est-il fait ?
Je l’ignore. Cela s’est fait ; il n’est pas besoin d’en dire davantage. D’une part, Dieu se servait, sans doute, des circonstances extérieures auxquelles ma vie se trouvait mêlée; d’autre part, du mal qui était en moi, et du bien qui est lui-même. Pour transformer la plante sauvage. Dieu s’y est, en quelque sorte, greffé, il s’y est greffé par la doctrine de la vérité et par les sacrements; il s’y est greffé en la nourrissant de sa chair, et en l’arrosant de son sang précieux. Mais qu’il a fallu de temps pour achever cette transformation! Hélas! treize années s’écoulèrent entre le jour béni où j’abjurai l’erreur, et cet autre jour mille fois béni où, le cœur rempli de crainte et d’espérance, j’arrivai à Monza (1) et frappai timidement à la porte du Noviciat des Barnabiles.
(1) Ville située à quelques lieues de Milan, célèbre surtout par les précieuses reliques que l’on vénère dans sa magnifique cathédrale.