DEUXIÈME PARTIE
j’eus le bonheur d’assister à son abjuration ; un an après, il s’enrôlait, comme avait fait le prince Gagarin, dans l’humble et glorieuse Compagnie de Jésus. Je crois devoir nommer aussi un livre dont la lecture a eu sur moi une grande influence ; la Vie de saint François de Borgia par le P. Bartoll. Oh ! comme mon cœur palpitait en lisant l’histoire de celte existence si humble après une vie si brillante : comme je me sentais entraîné à suivre son exemple; comme j’exprimais parfois mes désirs à mes directeurs spirituels ! Mais mon temps n’était pas encore venu, et les devoirs qui me retenaient dans le monde forçaient, en quelque sorte, mes désirs à rentrer dans mon âme.
Après quelques années passées dans le calme, des devoirs impérieux me rappelèrent dans les salons, et de nouveau je pris part à ces fêtes si remplies et si vides, si joyeuses et si tristes. De nouveau je fis partie de tout cet ensemble frivole et souvent ridicule parle sérieux qu’on y attache; et, je dois l’avouer, je me laissai distraire. La politique d’une part, les vanités mondaines de l’autre m’en-
traînèrent. Mais, que le Seigneur en soit béni! si mon imagination se laissa parfois égarer, jamais mon cœur, jamais ma foi n’a faibli. Au milieu de ces salons, de ces spectacles, au milieu de la foule bruyante et folle , partout je trouvais un ennui, un vide désolant; et chaque fois que je m’étais laissé aller à ces vanités, j’avais honte de moimême; je voyais que le but manquait; ma raison, ma conscience, mon cœur, ma foi, tout en moi se révoltait, et je me demandais : Et après? et après ? Oui, cette question, et après ? celte terrible question me faisait comme rentrer en moi-même; et alors je fuyais la foule; je m’enfermais, je priais et je courais à l’église. Oh ! oui, que le Seigneur en soit mille fois béni! il n’a pas permis que j’abandonnasse jamais la prière, la messe quotidienne et la fréquentation des sacrements. Comme il parlait à mon cœur! D’année en année je comprenais toujours davantage le néant des grandeurs et l’en-, nui des plaisirs, je comprenais qu’une fois que l’âme a été touchée par la grâce et qu’elle a eu le bonheur de goûter la douceur de l’intimité avec vous, ô mon Dieu! le monde ne doit plus ni la distraire ni la tromper. Car il faut, il faut revenir à la vérité, à la raison, à la partie sérieuse, à la partie essentielle de la vie; il faut se rappeler l’Évangile, et se demander : A quoi sert de gagner le monde entier et de perdre son âme ? Oui, il faut