‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 158 sur 203 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

rester fidèle à la grâce et ne pas détruire en soi l’œuvre divine; il faut monter, monter toujours, car il ne s’agit plus de vivre dans les basses vallées; on a désormais fixé son habitation dans une région plus élevée, et cette région devient le point de départ pour s’élever encore. Non, ce n’est plus le péché seulement qu’il faut éviter, mais les infidélités et les imperfections elles-mêmes ; car, au point de vue de l’infini, toute imperfection est un mal. Oh ! je le sentais, et mon âme aspirait à un état meilleur.

Ce fut surtout après le mariage de ma fille que Dieu parla plus haut à mon cœur. Je n’étais plus nécessaire à mes enfants, je n’avais plus rien à faire dans le monde ; et vieillir dans les salons me paraissait absurde et ridicule. J’aurais pu recommencer une carrière dans mon pays ; mais quelle carrière pouvait me tenter? Dieu me voulait à lui. Ma carrière, je la voyais ouverte ; elle était devant moi, c’était la route du ciel. D’ailleurs, en Russie, ne pouvant pas me proclamer catholique, j’aurais été gêné dans ma pratique religieuse et il m’était impossible de plier les besoins de mon âme aux pénibles entraves que nécessitait ce secret. Non, non, je le dis avec bonheur, aucune carrière ne m’a tenté; l’ambition, les honneurs, tout me paraissait mesquin et faux. Et puis, si j’avais eu assez de faiblesse pour me laisser séduire ; si j’avais pu pré-

fére'r les honneurs à vous, ô mon Dieu! cette terrible question, et après? ne serait-elle pas sans cesse revenue comme un remords empoisonner mes joies et me tourmenter? Oh! cette question, puisset-elle être, pour bien des âmes, comme les premiers rayons du soleil qui viennent éclairer les restes d’une fête, en monlrer tout le néant et parfois l’infamie! Oui, je le sentais, il me fallait une vie de bien, une vie de bonnes œuvres, une vie en Dieu.

Celle vérité m’apparut surtout lors de la première retraite spirituelle qu’il me fut donné de faire chez les RR. PP. Jésuites de la rue de Sèvres à Paris. C’était en 1852, quelques mois après le mariage de ma fille.

Semaine heureuse! Dirigé par le R. P. de Ponlevoy et par le R. P. de Ravignan, hélas ! déjà malade, je vis mon but. Il se présenta à moi dans toute sa beauté, et si alors on me l’avait permis, je ne serais plus rentré dans le monde. Mais les prêtres que Dieu conduisait, me connaissaient mieux que je ne me connaissais moi-même; mon cœur n’était pas assez touché ; le fruit n’était pas mûr, il ne fallait donc pas le cueillir. J’avais encore besoin d’épreuves. Il fallait que, forcé par la grâce, j’en vinsse à dire : Non, non; je ne puis plus rester dans le monde, il me faut la vie religieuse, comme j’avais dit quelques années auparavant : Non, je ne dois plus rester dans le schisme, il me faut la vérité.

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