‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 159 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Lorsqu'on a goûté les douceurs d’une retraite, il est difficile de passer une année sans avoir de nouveau recours à cette cure efficace de l’âme, sans se retremper dans le bain spirituel delà solitude. Pendant une de ces retraites que je fis à Rome dans la maison du Gèsu sous la conduite du R. P. de Villefort, ma cellule se trouvait en face de celle du P. Minini ; et un jour, lui rappelant les entretiens que nous avions eus à Venise onze années avant cette époque : « Eh bien! lui dis-je, mon Père, me « voici catholique ; je suis non-seulement dans la « maison , mais j’ai encore choisi la chambre; » et ce bon Père me pressa dans ses bras avec tendresse.

Pendant mes divers séjours à Rome, je me liai d’amitié avec la famille Borghèse, si éminemment catholique, et dont le souvenir réveille toujours ma reconnaissance. Je nommerai particulièrement la princesse mère dontl’âme pieuse et fortement trempée unit à une exquise délicatesse une activité incessante et toujours sereine dans le bien. Souvent elle passait de longues heures près du lit de ma fille, et toujours sa charité soutenait ma faiblesse et calmait mes douleurs. A ce souvenir vient se mêler un autre souvenir bien consolant aussi : celui du prince Théodore Galitzin, cet excellent ami de mon âme, dont l’affection ne cessait de verser sur mon cœur toujours en proie à l’inquiétude, le

baume de la résignation. Après une vie consacrée aux bonnes œuvres, ce zélé converti est mort à quarante-trois ans, acceptant d’horribles souffrances avec le calme que la foi seule peut donner. Il est mort entre mes bras, et sa dernière parole fut : « Quel bonheur d’être bientôt avec Dieu ! »

Mais parmi tant d’hommes d’élite que la. Providence envoya à mon secours, elle choisit surtout, je l’ai déjà dit, le R. P. de Ravignan pour m’indiquer la voie que je devais suivre. Cet homme de Dieu demeurait, même lorsque j’étais loin de lui, mon conseil et mon guide. Je crois faire une chose agréable au lecteur en publiant quelques-unes des lettres de ce saint que je retrouve dans mes papiers. — Il verra comment cette lumière, si brillante dans l’Église, et que la mort n’a certes pas éteinte, éclairait mon âme de ses rayons bienfaisants , et , sous votre action. Seigneur, la conduisait doucement vers le but. J’insérerai ces touchantes lettres dans mon écrit à mesure que se développeront les événements auxquels elles se rattachent.

Versailles, 28 mai 1852.

. . . . « Vous allez donc partir; mes vœux

ardents devancent le terme fixé pour nous retrouver encore réunis ; vous savez tout ce que Dieu a mis pour vous dans mon cœur. Ma tendresse et mon

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