‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 17 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ber, c’est-à-dire d’abuser de la liberté, je leur répondrai : La grâce est un don ; Dieu n’y est pas obligé, et ne serait-il pas absurde d’exiger que ~ l’Être infini fît en dehors de soi tout le bien qu’il peut faire? Oui, cela serait absurde, précisément parce qu’il est infini; car alors les natures les plus privilégiées, les anges les plus élevés en dignité et en sainteté auraient aussi le droit de demander à Dieu pourquoi il ne les a pas doués d’une nature plus sublime encore et de grâces encore plus grandes. Où s’arrêteraient les exigences de la créature?

Oui, tout cela se comprend; je suis convaincu que vous avez fait bien toutes choses , et que , si vous ne nous avez pas donné le bonheur, tout de suite et sans tant de circuits, c’est parce que cela ne devait pas être. D’ailleurs, une fois que l’on admet, comme on doit le faire, l’ordre que vous avez choisi et établi, selon les lois de votre sagesse et de votre amour, cela serait vraiment impossible. Et, s'il ne répugne pas, d’une manière intrinsèque et absolue, qu’après avoir donné l’être à une créature intelligente, vous l’éleviez immédiatement au bonheur, cela répugne pourtant d’une manière hypothétique et relative, vu cet ordre que vous avez choisi, et dans lequel entre naturellement comme attribut de l’homme créé à votre image le don précieux de la liberté. Oui, la liberté est

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nécessaire au bonheur, et Dieu ne peut vouloir que le possible.

Enfin, si un rationaliste me disait qu’il aurait mieux aimé ne pas accepter l’existence que d’avoir à passer par des luttes dont le terme peut être un malheur éternel , je lui dirais qu’à moins d’avoir perdu le sens, on doit préférer au non-être l’existence avec l’espoir du salut et tous les moyens qui nous sont donnés d’arriver à ce bonheur infini. Quel est le pauvre qui, par la crainte d’abuser de sa liberté, refuserait la somme d’argent qui pourrait être pour lui le moyen d’arriver à une immense fortune? Quel est le fondateur d’un royaume , d’une ville, d’un ordre religieux, d’une société quelconque, qui renoncerait à ces fondations, parce qu’il pourrait s’y trouver un jour des coupables et des malheureux?

Oui, dans l’ordre actuel, pour la créature intelligente et capable de connaître l’épreuve, le bonheur sans la vertu est impossible. Les anges euxmêmes n’ont-ils pas eu leur épreuve, et le triomphe des uns, comme la chute des autres, ne proclament-ils pas hautement qu’ils étaient libres? D’ailleurs, mon Dieu, en admettant toujours cet ordre , et les sentiments et les besoins que vous avez mis en nous, si vous nous donniez le bonheur sans nous y faire coopérer par l’accord de notre volonté, nous serions heureux peut-être , mais d’un bon-

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