DEUXIÈME PARTIE
tadt. Des collines environnantes on voyait croiser les flottes ennemies. Hélas ! nous étions en guerre avec la France ; guerre bien triste au point de vue de l’humanité, mais bien glorieuse pour nos deux nations et bien profitable, sans doute, car elle les a rapprochées, et pour toujours, je l’espère. Dignes de se mesurer sur le champ d’honneur, la France et la Russie le sont bien plus encore de se donner la main comme deux amis que, même au milieu de la mêlée, unissait la sympathie qui naît d’une conformité de sentiments, d’intérêts et d’habitudes. Certes, si celte guerre a rétabli et rehaussé la gloire de la France, elle n’a pas diminué la nôtre, et elle a été, en outre, comme le point de départ de cette ère glorieuse et pacifique que l’empereur Alexandre vient d’inaugurer d’une manière si brillante. Ah ! puisse-t-il achever son œuvre et mettre le comble à sa renommée, en accordant à ses sujets la. liberté spirituelle et civilisatrice du catholicisme, dont la Russie a un. si grand besoin pour augmenter son influence, son bonheur et sa gloire! C’est de cette condition que dépendent ses hautes destinées; c’est de cette liberté que dépend son avenir.
Notre pays est, en outre, appelé par la Providence à une belle mission dans la Chine et dans tout l’Orient; qui en doute? Si l’empereur veut l’accomplir, il lui faut l’union avec Rome. Car, pour
civiliser ees pays, il doit y introduire le christianisme, et cette œuvre sublime ne peut être confiée qu’à des missionnaires catholiques, à nous qui sommes sujets fidèles, je le proclame, et prêtres de la vraie Église. Le clergé grec, personne ne l’ignore, n’a jamais produit, depuis le schisme, ni un missionnaire ni une sœur de charité qui mérite ce nom. Il faut vivre pour donner la vie. Que notre bien-aimé empereur nous permette donc de rentrer dans notre pays et d’y proclamer notre foi. Après tout ne sommes-nous pas enfants de la Russie, enfants reconnaissants et à jamais dévoués? Ai-je commis un crime ?... J’ai obéi à la voix de ma conscience. D’ailleurs, ne me connaît-on pas ? On m’a VU à la cour et dans le monde, et l’on n’a rien à me reprocher. Pourquoi donc nous empêcher de consacrer nos travaux et nos jours à notre patrie? sommes-nous ses ennemis ? Non, nous voulons son bonheur avant tout, son bonheur sous l’égide de nos lois et du gouvernement paternel de notre empereur. Eh bien ! c’est au cœur de ce prince, à son cœur si noble et si généreux que je m’adresse. Ab! il sait bien qu’il est des lois surannées qu’il est temps d’effacer de notre code ! Et s’il nous donne aujourd’hui la liberté civile, s’il affranchit nos paysans, pourquoi ne pas nous donner en même temps, je le répète, celte autre liberté, cette autre indépendance bien plus précieuse, dont notre raison,