‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 163 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dont nos cœurs, dont nos consciences ont besoin ? Certes, si l’empereur veut des sujets fidèles et dévoués, c’est parmi nous, catholiques, qu’il les trouvera; car le fils de la vraie Église pratique avec bonheur ce qu’ordonne l’Apôtre des nations : Obéissez aux puissances établies; car nous pratiquons ce qu’ordonne Jésus-Christ : Rendez à César ce qui appartient à César. Et certes, c’est sans rien perdre du respect et des sentiments de sujets et de fils, que nous disons avec saint Pierre et saint Jean : Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. Oui, mon cœur et ma vie sont à ma patrie et à mon souverain, mais mon âme, mon âme, est à Dieu seul.

Oh ! s’il m’était donné de revoir mon pays, que je serais fier, que je serais heureux d’y porter librement ma pauvre robe de barnabite ! Quelle reconnaissance nous devrions à l’empereur pour avoir affranchi nos consciences et notre foi, et quelle gloire ce serait pour lui ! Et pourquoi ne pas l’espérer du cœur si loyal et si bon de notre souverain, et de cette Providence adorable qui conduit tout avec force et douceur? Expectans expectavi (1).

(1) Tandis que ce livre était sous presse, les journaux retentissaient douloureusement du bruit de nouvelles persécutions dirigées en Russie contre les catholiques du rite grec. Qu’il me serait doux de croire que ces nouvelles sont complètement fausses ! Mais malheureusement les détails que l’on donne ne sont que

Pendant mon séjour à Pétersbourg, j’eus bien souvent l’occasion d’admirer le coutage de ses habitants ; et je me sentais heureux et fier d’être Russe. Cronstadt était bloqué, Sévastopol assiégé, les nouvelles qui nous arrivaient étaient souvent désastreuses ; eh bien ! pas la moindre crainte dans la ville, pas un instant de défiance. Bien t des fa-

trop circonstanciés et des actes officiels ont été rapportés. On a produit, entre autres, une pièce qui défend formellement aux prêtres catholiques de recevoir au tribunal de la pénitence, à l’auguste et inviolable tribunal de la conscience, les Grecs unis, restés dans le secret de leur cœur fidèles à la vraie foi ! Est-ce pos-

sible? Mon patriotisme se refuse à le croire, alors même qu’il ne sait plus comment justifier ses doutes, et il ne me reste qu’une consolation dans ma douleur, c’est de me dire : « On a trompé notre J)on souverain , l’empereur ne le sait pas ! » O mes pauvres frères, heureux confesseurs de la foi, quelles sont vos douleurs ! Que ne m’est-il donné de les adoucir ! Combien de temps encore doit durer la terrible épreuve? Hélas! je ne puis vous offrir que mon amour, mes larmes et mes pauvres prières !....

Seigneur, ces prières, c’est à vous que je les adresse, à vous « qui tenez entre les mains les cœurs des rois. » (Prov., xxi, 4 .) Daignez abaisser un regard de pitié sur vos enfants. Nous élevons vers vous nos mains et nos cœurs suppliants. Oui ! l’empereur ignore les iniquités que l’on commet en son nom, il ignore que d’indignes agents abusent de ce nom vénéré et cher à tous les Russes. Seigneur, faites que la vérité se montre à ses yeux et qu’il en soit touché. 11 sait que « la miséricorde et la justice vous sont agréables, » que la générosité sied bien à la force, qu’elle est la vraie dignité de la puissance et le plus bel ornement de la couronne des princes. 11 le sait, et « notre espoir ne sera pas con fondu.... »

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