DEUXIÈME PARTIE
le digne curé de Sainte-Hedwige. Je 1» confiai aussi à un prêtre, à Heidelberg, qui me répondit en me citant les divines paroles par lesquelles Neutre-Seigneur nous apprend qu’il- faut savoir tout quitter pour le suivre quand il nous fait la grâce de nous appeler.
Je m’arrêtai ensuite quelques jours à Sayn dan* la Prusse rhénane, chez un de mes amis, le prince Louis Wittgenstein; et je iis part de mon projet à la princesse. Cette femme, si distinguée par la rectitude du jugement, la pureté de l’âme et l’élévation des sentiments, a eu le bonheur de rentrer dans l’unité religieuse; et, foulant aux pieds tout respect humain, toute crainte mondaine,- elle a fait embrasser la foi catholique, la foi orthodoxe à ses enfant6. J’avais confiance dans le jugement de la princesse; aussi fus-je heureux de l’entendre approuver mon projet et m’encourager à l’exécuter.
De Sayn je me rendis à Genève auprès de ma fille qui était très-malade, et je fis à la cure de cette ville, sous la sage direction de M. l’abbé Mermillod, une retraite dont le souvenir bienfaisant ne s’effacera jamais de mon cœur. Je fus profondément édifié du zèle de ces bons préti>es de Genève. Vrais soldats de Jésus-Christ,, et toujours aux prises avec l’erreur, Us combattent vaillamment et remportent souvent de belles victoires. La nouvelle église qui s’élève à l’entrée de eette capitale du protestan-
tisme, en est une preuve éclatante. Oui, Dieu préparait en moi son œuvre; mais une année devait s ? écouler encore jusqu’à la réalisation de mes désirs. La pensée de quitter le monde était constamment présente à mon esprit, et pourtant je n’y croyais pas. Parfois il me semblait que je ne devais pas me lier par des vœux et que le sacerdoce me suffirait; parfois, au contraire, l’idée de la vie religieuse m’entraînait avec délices. Ce fut surtout à Gênes, où je passai l’hiver suivant, au milieu de circonstances bien douloureuses, mais comblé de grâces spirituelles, que je compris combien les vœux de religion doivent donner de force à l’âme. Les entretiens que j’eus avec le R. P. Teppa, barnabite, connu par d’excellents ouvrages de piété, contribuèrent à me donner cette conviction.
Enfin, dans l’été de 1853 j’allai à Paris, et malgré mon désir d’embrasser la vie religieuse, mes incertitudes étaient telles qu’il fut décidé entre le R. P. de Ravignan et moi que je commencerais mes études théologiques pour éntrer dans le clergé séculier.
O moucher Père! vous qui, pendant quinze années, avez été mon ami, mon père et mon consolateur; vous, qu’aujourd’hui je cherche en vain autour de moi; vous qui, sur votre lit de mort, m’avez souri et béni ; chaque fois que votre nom chéri revient sur mes lèvres ou sous ma plume.