DEUXIÈME PARTIE
avec assez de force le bien que m’ont fait ses paroles, son exemple, son active charité, et la persévérance qu’elle mettait à me faire entreprendre , presque malgré moi, des œuvres auxquelles je m’attachais tellement ensuite, que je n’aurais plus -voulu les quitter. Elle, aussi, a souvent pleuré avec moi près du lit de ma fille. La vénération que nous avions tous deux pour le R. P. de Ravignan était entre nous un lien que la mort de ce saint prêtre a encore resserré.
Voici quelques-unes de ces lettres si affectueuses que ce saint religieux m’écrivait pour m’encourager et me soutenir. Je reçus la première de ces lettres à Pétersbourg.
Saint-Acheul, 26 août 1854.
« Mon très-cher et excellent ami , que de peines à la fois et de douleurs m’exprime votre lettre ! Hélas! telle est donc la vie! Je savais l’état de votre pauvre fille. On me l’avait mandé de Paris. Ma>dame de Gontaut me tenait au courant. Quelle épreuve encore pour votre cœur de père ! Oh! oui, prions... J’espère de la bonté de Dieu le rétablissement de sa santé.
« Pour vous, o mon bien cher comte ! en ce moment votre devoir évident est d’aller auprès de votre chère enfant. Si vous passez par la France, j’en se-
rai heureux. Que de choses à nous dire ! Mais relevez-vous dans la foi. Songez à l’immense miséricorde de Dieu qui veut sauver votre âme. Votre dette paternelle acquittée , il faudra tâcher de retrouver quelque temps de liberté et de repos pour vous retrouver aussi sous l’action de la grâce. — La grâce ne vous manquera jamais.
« Oui, vous vous sentez plus soutenu dans un milieu de piété. Qu’une des directions de votre avenir soit de vous l’assurer.
« Adieu, je vous serre contre mon cœur. — Votre ami le plus tendrement dévoué. »
Saint-Acheul, 7 septembre 1854.
« Mon très-cher ami, je vous réponds à Genève à la lettre que vous avez eu la bonté de m’écrire de Heidelberg. Avez-vous eu la consolation de trouver une amélioration réelle dans l’état de votre enfant?... J’espère que cette santé nous sera rendue pleine et entière. Oui, votre âme est traversée par l’épreuve de plus d’une manière, et il m’eût été doux de m’entretenir à cœur ouvert avec vous. Mais rappelez-vous la miséricordieuse indulgence du bon Pasteur; nous ne pouvons en douter. Sa grâce est avec vous ; demandons une persévérante et généreuse fidélité ; et paisiblement dans la lumière de