CHAPITRE PREMIER
heur qui ne serait jamais cet idéal d’un cœur aspirant à la perfection, cet abîme de bonheur infini, cette union avec vous, le bien suprême, union à laquelle votre amour appelle sa créature; non ce ne serait pas le bonheur qui est dû à la vertu, et qui implique nécessairement liberté; car le cœur veut non-seulement être heureux, il veut encore mériter de l’être. Oui, c’est pour que l’homme fût heureux que vous l’avez fait si grand, c’est-à-dire si libre ; et si la créature intelligente seule peut être vraiment heureuse, c’est parce que seule elle peut être vertueuse. O Seigneur! quelle reconnaissance et quel amour cette pensée me donne; quelle fierté, et en même temps quelle humilité j’éprouve, et comme je me sens grand dans ma petitesse !
Le protestantisme, en s’éloignant de l’enseignement de votre Église, a fait comme le rationalisme, il a voulu être sage en dehors de ce qui donne la sagesse; et, en niant la liberté humaine, il a ouvert la porte aux plus funestes erreurs : aussi est-il impossible à l’homme qui admet le dogme protestant de la nécessité, de jamais s’élever jusqu’à la conception de la vérité, jusqu’à la jouissance de ce bonheur surnaturel que vous donnez aux catholiques; et c’est encore une des nombreuses raisons pour lesquelles hors de l’Église il ne peut y avoir de salut. En effet, le protestant, par cela même qu’il ne peut se faire une
ÉGAREMENT
idée du bonheur que nous éprouvons, ne peut ni sentir combien il vous doit de reconnaissance, ni comprendre combien vous nous aimez. Or, comme entre deux êtres qui s’aiment raisonnablement l’amour qu’on donne doit se mesurer sur celui qu’on reçoit, jamais un de nos frères séparés ne pourra vous aimer, ô mon Dieu ! d’un amour sans partage; jamais il ne pourra vous donner son cœur tout entier. Non , les meilleurs parmi eux ne peuvent atteindre la perfection, car ils font toujours des conditions; ils croient bien vous donner ce qui suffit, mais ils ne savent pas. Seigneur, qu’avec vous, ce qui suffit ne suffit pas, qu’avec le parfait, l’infini, rien ne suffit. Oh ! qu’ils nous citent, qu’ils nous citent de grands sacrifices ou de sublimes dévoûments; savent- ils ce que sont les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance? connaissentils l’humilité? Où sont leurs pieuses macérations, leurs saints pèlerinages, leurs missions et leurs glorieuses croisades?... Non, ils sont vertueux, mais sans grands sacrifices : ils sont pieux, mais sans gêne, et s’il en est qui veuillent s’élever jusqu’à la connaissance de vos perfections, privés de guides et sans appui, ils se perdent dans un étroit mysticisme. Il est vrai que, même parmi ces pauvres frères séparés , il se trouve parfois des âmes qui voudraient aussi se dévouer à la vertu, qui voudraient aussi chercher la perfection.... Ah! c’est