DEUXIÈME PARTIE
reçu trop de grâces, vous avez élé très-constamment averti et sollicité par Dieu même, et par les conseils que la Providence vous envoyait, pour ne pas croire à un dessein marqué de son amour. Que sera-ce? Je ne sais : mais attendez en priant, et désirez beaucoup tout ce que Notre-Seigneur vous destine.
« Une vie ordinaire, quoique bonne, ne serait pas ce qui répondrait à la marche de la Providence sur vous.
« Patience, prière, et une sainte retraite au mois d’octobre.
« Je goûte, je l’avoue, sans peine, celte douce solitude : demandez à Dieu que j’en profite.
« Adieu, adieu, — je vous aime bien tendrement pour l’éternité. »
Issenheim, près Soultz (Haut-Rhin), 23 août 1855.
« Mon bien cher comte, mon cœur de père et de frère restait fidèlement avec vous, je vous assure; mais j’attendais pour vous répondre une nouvelle lettre qui me donnât des indications précises et sur votre séjour à Aix ou à Milan et sur l’état de votre âme. Elle souffrait sous l’action de Dieu quand vous avez quitté Paris; j’étais bien aise d’apprendre comment, rendu à votre chère enfant et à vos
habitudes, plus libre aussi dans vos mouvements, vous envisagiez la question intérieure qui vous presse. Je ne doutais assurément pas de votre volonté droite et sincère; mais je ressentais une vraie peine de vos combats et de vos difficultés. Rendons grâces à Notre-Seigneur, vous êtes tel que je le désirais, constant et dévoué, et déterminé à continuer l’épreuve. Oh ! oui, il faudra une pleine et entière certitude pour vous décider à recevoir les saints ordres et à changer de genre de vie. Soyez tranquille, nul ne vous y portera, et personne moins que moi, si votre âme n’entend et n’accepte la voix de Dieu qui l’appelle. Ainsi, la prière, la patience et l’épreuve reprise jusqu’à une solution définitive, ce qui ne doit se prolonger que durant un temps très-limité. Vous recevrez la lumière, car vous la cherchez de bonne foi. Vous saurez mieux encore vous défier de vous-même, et vous voudrez ne compter qu’avec la saine raison, les vues de la foi, avec la mesure de grâce et non avec les impressions. Au mois d’octobre, dans la paix et dans la liberté de la retraite, nous causerons à loisir. Vous connaissez mon tendre dévoûment pour votre âme : je ne désire assurément pour elle que ce que Dieu même veut lui donner.
« Demandez à Notre-Seigneur très-instamment, je vous prie, qu’il vous délivre de vos influences