‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 173 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dans tout le pays; et la veille de mon départ, quoique je ne fusse nullement connu de lui, je lui demandai de faire une neuvaine de prières à mon intention. Mon but était d’obtenir la grâce de savoir la volonté de Dieu à mon égard. On verra tout à l’heure l’effet de cette neuvaine.

J’arrivai à Milan dans les premiers jours de septembre. Depuis quelques années cette ville avait pour moi un grand attrait; c’était peut-être un pressentiment des joies que Dieu m’y réservait. Je m’y étais lié d’amitié avec des cœurs nobles que j’aimerai toujours, et avec des âmes pieuses, surtout avec le R. P. de Sopranis, de la Compagnie de Jésus, et le R. P. Piantoni, recteur du collège des barnabites. Tous les matins, j’assistais à la messe de ce dernier dans une petite chapelle du collège, et de jour en jour je me sentais plus de ferveur et d’amour; de jour en jour grandissait en moi le besoin, la nécessité de me donner entièrement à Dieu ; de jour en jour je me renfermais davantage dans le cercle de cette pensée, qui me dominait et m’absorbait tellement que, les influences extérieures s’affaiblissant de plus en plus, le monde n’existait, pour ainsi plus pour moi : je vivais en moi-même, je vivais avec cette pensée, je vivais avec Dieu, et je pressentais un bonheur certain. Je ne me rendais pas, il est vrai, un compte bien exact de ce qui se passait dans mon intelligence

et dans mon cœur, car j’étais trop près pour juger. A présent, je vois que je commençais alors une vie nouvelle ; oui, c’était une nouvelle jeunesse. Des sentiments d’une pureté, d’une fraîcheur céleste naissaient, s’épanouissaient et brillaient dans mon âme comme de belles fleurs du printemps au milieu de l’automne. Étais-je appelé? Je l’ignorais; mais je me sentais entraîné, subjugué ; je l’ignorais, et pourtant j’avais en moi la conviction de ma vocation ; je savais et je doutais en même temps ; c’était un tourment, mais un tourment plein de charme.

O vous qui jugez les vocations religieuses au point de vue de la nature, puisse le Seigneur vous donner l’intelligence des choses de l’esprit! Pour vous c’est encore un livre fermé, c’est un monde différent de celui que vous habitez; on y parle une langue étrangère, une langue inconnue : la langue de la folie selon le monde. Que vous seriez heureux si Dieu vous initiait aux secrets de cette folie, aux secrets de sa grâce !

Qui, j’étais entraîné, mais je me méfiais tellement de moi-même, je craignais tellement d’être le jouet de mes impressions, de mon imagination ou de mon cœur, que je demandais constamment à Dieu un signe; et Dieu eut pitié de moi.

Le 8 septembre, jour de la Nativité de la trèssainte Vierge, j’étais, comme à l’ordinaire, de grand

Page 1