‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 174 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

matin, dans la petite chapelle du collège. J’y étais seul, je priais devant l’image de la Mère des douleurs, je m’adressais à elle avec confiance.

La veille de ce jour, un jeune homme qui allait entrer dans l’ordre des barnabites, me parlant de sa vocation avec la candeur de ses dix-sept ans, m’avait confié que c’était à Marie qu’il devait la grâce d’être appelé à l’état religieux. Pendant mon oraison, je me sentis tout à coup profondément attendri. Il me serait impossible de répéter aujourd’hui les paroles entrecoupées de sanglots que j’adressai à la très-sainte Vierge. Je lui parlai avec confiance, avec tendresse, je lui disais : « Vous êtes ma mère, » et je sentais qu’elle l’était réellement. Non, jamais encore je ne lui avais parlé ainsi.

Mon oraison achevée, j’allai entendre la sainte messe dans l’église du collège. Lorsque les élèves eurent tous communié, je m’approchai aussi de la sainte table, et je me trouvai à côté du jeune homme dont je viens de parler. Et voilà qu’au moment de recevoir des mains du P, Piantoni le corps de Notre-Seigneur, une pensée me traversa l’esprit; ce fut un éclair : « Cet enfant, me dis-je, va donc se donner à vous ; fils unique, il abandonne sa fortune, sa famille, son avenir; et moi, moi à cinquante ans, je n’aurai pas ce courage? »

Ma décision fut prise ; le signe m’était donné ; la sainte Vierge m’avait exaucé ! Ce soir je serai

barnabite, me dis-je, c’est fait, je le suis ; » et tous mes doutes disparurent.

O mon Dieu! vous qui voyez mon cœur, vous savez ce que j’éprouvai alors !

Après la messe j’allai trouver le R. P. Piantoni: « Me voulez-vous dans votre ordre? lui demandaije; je suis décidé — Non, » me répondit-il avec cette délicatesse exquise que lui inspirait son cœur et avec cette prudence dont on prend l’habitude dans la vie religieuse; « tout cela est bien prompt. » Et comme j’insistais : « Ecrivez, reprit- il, au P. de Ravignan : c’est lui qui est votre directeur. » Je lui adressai, en effet, le même jour une lettre pleine d’émotion, et tout à coup, pendant que j’écrivais, le souvenir du jeune ouvrier d’Aix auquel j’avais demandé une neuvaine, me revint à l’esprit. Je n’y avais plus pensé. Eh bien! cette neuvaine s’achevait précisément en ce jour de la Nativité de Marie !

Le R. P. de«Ravignan me répondit par ces paroles : « Rien ne serait plus heureux qu’une vocation religieuse; et, à cet égard, puisqu’il s’agit du vénérable ordre des barnabites, vous n’avez rien de mieux à faire que de vous en rapporter à l’avis du R. P. Piantoni; c’est un principe certain que les supérieurs d’un ordre ont grâce et autorité pour juger les questions qui les regardent, spécialement pour l’admission d’un novice. Je verrais donc avec

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