DEUXIÈME PARTIE
plaisir que vous allassiez faire votre retraite à Monza au noviciat des Révérends Pères. »
Je montrai cette lettre au P. Piantoni ; mais la retraite ne me fut pas accordée: il m’engagea à la faire ailleurs, et peu de temps après on me pria, vu mon âge et mes habitudes si différentes de celles de la vie religieuse, de renoncer à mon désir, en me conseillant, avec bienveillance, de donner suite à la pensée que j’avais eue un instant d’entrer dans le clergé séculier.
Je dus me taire, et pourtant une conviction secrète me disait : Tu seras bamabite. Pourquoi? Qu’est-ce qui m’attirait dans cette ordre? Ah ! si ce n’était pas Dieu, comment expliquer ma persévérance dans ce désir et mon insistance, malgré des refus réitérés? L’entrée au noviciat était devenue le but de ma vie, et je me sentais prêt à accepter toutes les humiliations plutôt que d’y renoncer.
Mais le temps se passait et on ne me voulait pas. Le P. de Ravignan lui-même commençait à se montrer plus froid; tout cela me faisait parfois douter de ma vocation. Je ne savais que faire, et
j’étais bien tourmenté Dieu conduisait les
événements.
Un jour, c’était à Turin, je priais devant le Saint-Sacrement. J’avais demandé à Dieu, avec plus de force qu’à l’ordinaiTe, de m’éclairer, et j’allais sortir de l’église, lorsque je vis un prêtre monter
en chaire. Soudain, il me vint la pensée d’écouter les premières paroles du sermon. Qui sait? pensais-je, elles seront peut-être de nature à me décider! — En effet, elles semblèrent s’adresser à moi. Les voici '. Vous êtes mort, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. Ces paroles me consolèrent et me fortifièrent dans ma résolution; mais, je le répète, j’étais bien malheureux. Le P. de Ravignan me conseillait toujours une retraite définitive; et cette retraite, je ne savais où la faire. Les PP. barnabites me l’avaient refusée; je ne pouvais non plus aller à Paris auprès du P. de Ravignan; la prise de Sévastopol, qui venait d’avoir lieu, m’eût rendu le séjour de la France peu agréable dans ce moment. Un matin, pendant la sainte messe, il me vint la pensée de m’adresser pour cette retraite à M. Gros, grand vicaire à Chambéry, qui m’avait souvent aidé de ses conseils. Le P. de Ravignan approuva mon projet et je partis pour cette ville.
Pendant les huit jours que je consacrai à l’examen de mon âme, je ne vis personne que mon pieux directeur. J’étais donc seul avec Dieu; je me remis entièrement entre ses mains, et comprenant que, dans le trouble de mon âme et au milieu de circonstances qui contrariaient mes désirs, il m’eût été impossible de connaître par moi-même la volonté divine, je renonçai à toute volonté propre ,