DEUXIÈME PARTIE
et pris la ferme résolution de me laisser conduire entièrement par l’obéissance. J’étais sûr que j’avais affaire à un homme consciencieux, prudent et sage, et qui aurait mieux aimé mourir que de trahir ma confiance, ou que de se laisser influencer par son imagination dans une affaire de celte gravité. Je savais, en outre, que cet homme de Dieu recevrait, sans aucun doute, une grâce spéciale pour me guider et décider de mon avenir. La foi m’en donnait la certitude.
Ceux de mes lecteurs qui ont fait une retraite dont devait dépendre leur existence, et qui, en entrant dans cette solitude, ont laissé à la porte toute volonté, tout désir, toute sympathie pour s’établir dans l’indifférence la plus complète; ceux-là peuvent comprendre comment se passa cette semaine pour moi.
Tous les jours, trois méditations d’une heure, une considération et une lecture. Tous les jours, l’examen de conscience pour préparer ma confession générale, et l’examen des motifs qui m’engageaient à embrasser la vie religieuse, ou à y renoncer; tous les jours, la sainte messe, la prière et le chapelet ; tous les jours m’éloigner spirituellement du monde, le détruire autour de moi et dans moi, me prosterner, m’humilier, m’habituer à l’idée du sacrifice, me préparer à la souffrance, m’étendre sur la croix, m’anéantir, ne vivre que par l’âme.
n’être plus à moi-même, en un mot, m’unir à Dieu et vivre avec lui pour mieux connaître sa volonté : voilà comment je passai ces huit jours. Voilà ce qu’est une retraite : le chef-d’œuvre de la vie spirituelle.
Le sixième jour, 26 novembre, mon choix fut arrêté. M. Gros examina devant Dieu ma conscience, mon cœur et mes besoins, au point de vue de mon salut; il pesa tout dans la balance de la nature et de la grâce ; et après m’avoir refusé son adhésion, pendant vingt-quatre heures, afin de m’éprouver; après m’avoir tenté par l’idée du bien que j’aurais pu faire dans le monde, il me dit : « Allez, vous êtes appelé à la vie religieuse, je n’en doute pas. Je le pense depuis un an, et j’en ai été certain dès le commencement de cette retraite. Je vous donnerai un écrit pour le P. provincial des barnabites de Milan, et vous serez reçu parmi eux, je l’espère. » Oh ! ces paroles qui allaient changer toute mon existence, comme elles tombèrent dans mon cœur !
Mon Dieu, continuez à répandre vos bénédictions sur ce prêtre selon votre cœur !
Ma première lettre fut pour le P. de Ravignan. Il n’avait plus aucun doute , vous aviez décidé. Seigneur. Voici ce qu’il m’écrivit ;
« Mon bien cher comte et excellent ami, — vous allez donc entrer dans la vie si désirée et faire