DEUXIÈME PARTIE
l’épreuve d’une vocation qui vient de Dieu, je l’espère. Les meilleurs conseils et les meilleurs appuis vous entoureront et mes prières seront fidèlement avec vous. Après tout, Dieu connaît votre cœur et l’exaucera. Cherchez-le dans la véritable liberté de ses enfants et tout sera bien.
« Ici, je ne crois pas devoir parler de vos projets à quPque ce soit. Il faut, ce me semble, attendre. Je vous conseille de ne faire aucune confidence à ce sujet; le moment propice viendra pour les communications. Si nous ne devons plus nous retrouver sur cette terre, ô mon cher comte ! j’offrirai au cœur immolé de Jésus ce sacrifice qu’il m’impose, mais nous demeurerons unis et nous cheminerons ensemble vers la patrie. — Adieu donc, à Dieu. Vivons uniquement pour l’aimer et le faire aimer.
« Soyez assez bon pour offrir mon profond respect au R. P. Piantoni.
« Adieu encore. »
Dans les premiers jours de décembre j’arrivai à Milan, et le 17 janvier 1856, après six autres semaines d’épreuves, je partis enfin pour Monza, accompagné de mon excellent ami le P. Piantoni et d’un autre de mes amis qui, peu de temps après, revêtait aussi la robe des barnabites.
Oh ! que de larmes je versai ! Dieu me donna la force d’accomplir le plus cher de mes vœux. Oui, je
dis adieu au monde et la porte du noviciat se ferma sur moi.
Il est des moments, des moments bien rares sans doute, où l’on vit par l’âme bien plus qu’à l’ordinaire; où l’âme se fait sentir davantage et où l’on comprend bien mieux la tristesse ou la joie dont on est affecté; on sait alors parfaitement ce que l’on éprouve, on s’en rend compte ; la conviction en est intime et complète, et on est ou profondément malheureux, ou dans la plénitude du bonheur. Mais, comme pour le chrétien, le malheur n’existe réellement que par le péché, et, comme il est toujours libre de se repentir et d’espérer, par conséquent d’être heureux ; il est clair qu’il dépend de lui non-seulement de n’atteindre jamais le comble de l’infortune, mais d’augmenter même au contraire de plus en plus la somme de la vraie félicité, qui n’est autre chose que l’adhésion complète à la volonté divine. Le bonheur intime dont je parle se traduit d’ordinaire par un calme, une certitude, une paix que l’on tenterait en vain d’exprimer ou de décrire. L’homme est, sans doute, alors plus près de vous, ô mon Dieu !