DEUXIÈME PARTIE
Oh! comme je fis l’expérience de celte vérité dès le lendemain de mon entrée au noviciat? C’était de grand matin ; j’avais quitté ma cellule et je me rendais silencieusement au chœur pour y réciter l’office avec mes nouveaux frères ; frères inconnus, mais que j’aimais déjà ! Le long corridor était à peine éclairé par une petite lampe, et à travers les carreaux de la fenêtre on voyait la neige qui couvrait la campagne. 11 faisait froid, tout était sombre et triste. Eh bien! je certifie que dans mon âme brilla subitement un rayon qui y répandit la lumière et la chaleur. J’étais content, ce n’était pas un jeu de mon imagination ; non, c’était précisément cette paix, ce calme dont je viens de parler. Le sacrifice était accompli; je me sentais heureux et je savais que je l’étais. O vous que Dieu appelle hors du monde, âmes heureuses et choisies qui m’inspirez une sympathie pieuse et une sainte tendresse; oh ! je vous en conjure, ne résistez pas, obéissez et persévérez. Ah! vous connaîtrez aussi les joies spirituelles; vous connaîtrez le don de Dieu. Sans doute, il y a des douleurs dans la vie religieuse, car il y a des sacrifices ; mais ce n’est que par le sacrifice que vous serez heureuses. Le sacrifice est la mesure de l’amour, il est la condition du bonheur. Et, dans le monde, n’avez-vous pas aussi vos souffrances? Oui ; et elles sont plus nombreuses, plus cruelles et bien souvent inutiles.
Ah ! rien n’est triste comme des douleurs inutiles ! Tandis que nous, nos sacrifices sont comptés, chaque larme est pesée dans la balance de la miséricorde divine.
Oui , dans la vie religieuse il y a des douleurs , mais on ne pèche pas, ou l’on pèche moins: Dieu y est moins offensé, donc on est plus heureux. Et puis la mort, la pensée de la mort ! N’est-il pas doux de savoir que lorsqu’elle viendra frapper à notre porte, c’est entre les bras de Dieu que nous la recevrons ; tandis que les mondains, où les trouvera-t-elle? Au spectacle, au milieu d’un bal , d’une orgie, sur la
couche du péché peut-être Celte pensée me
fortifiait, et je bénissais Dieu.
Le noviciat n’est qu’un temps d’épreuves, sans doute, et je savais en y entrant que, tant que je n’aurais pas prononcé mes vœux, je conserverais ma liberté ; mais, craignant les suites de mon impressionnabilité naturelle , j’avais pris, lors de ma retraite à Chambéry , l’engagement solennel de rester au noviciat au moins sept à huit mois, et, avant ce terme, de tout supporter plutôt que d’abandonner ma nouvelle existence. Dès le lendemain de mon arrivée à Monza, je renouvelai cet engagement volontaire entre les mains de mon sage et excellent directeur, le maître des novices, et je me promis de mourir plutôt que d’y manquer.
Eh bien! je déclare ici, car c’est la vérité, que