‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 19 sur 203 · H CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

H CHAPITRE PREMIER

parce qu’elles valent mieux que la religion , à laquelle elles appartiennent sans la connaître, et dans laquelle elles se trouvent mal à l’aise. Restées catholiques à leur insu , il faut qu’elles parviennent à la vérité pratique , ou bien qu’elles souffrent et languissent dans cette douleur affreuse que fait naître un besoin du cœur non satisfait.

Seigneur, en vous parlant de vous, je me suis laissé entraîner par la contemplation de vos beautés, et j’ai oublié un instant mes tristes erreurs et l’action de votre providence sur moi. Combien vous m’aimiez; en vain je vous fuyais, vous reveniez toujours et m’appeliez à grands cris. Que de fois dans le silence de la nuit, j’ai entendu en moi-même cette voix si douce et si puissante, mais, hélas! importune. Que de fois aussi vous avez cherché à m’épouvanter par d’horribles tableaux; parfois il me semblait que la terre tremblait sous mes pas et que je voyais un volcan s’ouvrir à mes pieds; alors il me prenait envie de revenir à la foi; mais ce n’étaient que des impressions passagères, et, dans mon insouciante légèreté, je me laissais balancer sur la terre qui tremblait , et je jouais avec le feu du volcan. Quelquefois pourtant, je regrettais avec plus d’amertume ce bien que j’aimais et que je pressentais sans le connaître. Comme tout homme, j’avais dans mon cœur l’idéal de la perfection : cet idéal, c’était vous-

ÉGAREMENT

même. Seigneur, et je *ne le savais pas; oui, je vous voyais et je vous sentais à mon insu ; vous étiez ce rêve de félicité après lequel je courais et que j’aurais pu trouver si facilement. Oui, je vous aimais. Seigneur, sans le savoir; car, malgré mes torts, j’aimais encore le bien, et par cela même j’étais plus coupable de ne pas croire. Parfois , je me repentais, car rien ne pèse plus que le doute. L’âme a besoin de certitude, elle a besoin de lumière, de cette lumière, de ce Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde et dont je m’étais volontairement éloigné. Oui, je me repentais; mais dans ces intervalles, hélas! trop courts, j’étais encore plus à plaindre, mes remords me torturaient; car ils n’étaient ni éclairés par la foi ni adoucis par l’espérance; ils étaient en moi, mais en moi seul, je n’en parlais ni à un confesseur, ni à un ami. Oh ! comme il me pesaient ! Divine religion, sagesse, vérité, sainte unité catholique, pourquoi ne vous ai-je pas connues alors? Que ne me suis-je prosterné devant la croix! que n’ai-je arrosé vos pieds de mes larmes, divin Jésus! que ne me suisje jeté dans vos bras. Vierge sainte, éternel refuge des pécheurs! Hélas! cela ne se pouvait pas; car le mal avait produit l’incrédulité, et l’incrédulité engendrait le mal. Vous le savez, ô mon Dieu! je vous niais, ou du moins je niais votre providence, et, par là, votre action sur moi se trouvait

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