DEUXIÈME PARTIE
Paris, 9 mars 1856. Dimanche de la Passion.
« Mon cher et bien cher ami , vous portez donc à celte heure , et depuis quelques jours déjà , le saint habit de religieux : et vous vous trouvez parmi les novices fervents et dévoués d’un ordre vénérable. Ma vive tendresse, qui a suivi depuis quinze ans tous vos pas, ne peut rester insensible à cette grave et solennelle démarche de votre vie, la plus grave sans doute. Combien je vous désire la paix et la sainte liberté d’esprit ! Vous devez, avec votre nature ardente, vous attendre à des alternatives et à des orages : regardez en haut, d’où viennent la lumière et la force. Ne vous laissez jamais décourager et abattre : Dieu fera son œuvre. Cette année sera la dernière épreuve pour fixer irrévocablement votre sort sur cette terre , votre bonheur pour l’éternité : ayez confiance et combattez les combats du Seigneur. Vous aurez des ennuis et des dégoûts ; impossible qu’il en soit autrement.
« Alors , patientez , attendez le moment de la grâce, ouvrez votre cœur à votre maître des novices, et obéissez humblement. Vos excellents amis sont religieusement occupés de vous devant le Seigneur; madame de Gontaut entre autres est profondément touchée de votre souvenir. Nous nous retrouverons au moins au ciel ; cela doit suffire.
Mais toujours, tant que je vivrai, je vous conserverai le plus tendre , le plus inviolable attachement. Mes respectueux devoirs au R. P. Piantoni, je vous prie. Adieu, adieu. »
Paris, 3 avril 1856.
« Mon bien cher frère, et bientôt sans doute, mon cher et Révérend Père, j’unis fidèlement mon cœur au vôtre. J’ai reçu votre lettre du mois dernier, et j’ai demandé au cœur de Notre-Seigneur, pour vous, la paix véritable, la paix intérieure et solide, indépendante des impressions et des sentiments passagers. C’est, en effet, dans la paix seulement que Dieu se fait entendre, et par sa douce inspiration dirige, éclaire , purifie notre âme. Le noviciat est une retraite continue ; le monde n’exisle pas pour vous en ce moment; parents, amis, vous demeurent chers sans doute, mais spirituellement; votre temps , vos pensées , vos affections sont à Dieu. — Vivez pour mourir et mourez à toutes choses : Mortui estis et vita vestra abscondita est in Deo.
« La lumière divine vient alors donner à l’âme une nouvelle vie. O mon cher ami , puissions-nous ne garder rien de terrestre ni d’humain ! La paix