DEUXIÈME PARTIE
Paris, Î1 janvier 1857.
« Mon bien cher et tendre ami,
« Oui, comme votre si bonne lettre du 5 et du 6 me le disait, nous avons des souvenirs qui nous lient éternellement l’un à l’autre dans le cœur de Notre-Seigneur. Quatorze années se sont écoulées depuis votre profession de foi : des épreuves de plus d’un genre ont assailli votre pauvre cœur; et voilà enfin plus d’un an que vous êtes abrité dans le port de la vie religieuse et sous le saint habit des barnabites. Que Dieu soit à jamais béni ! Avec vous je lui rends grâces, et lui demande ardemment pour votre âme les grâces, les lumières et les consolations dont elle a besoin. Adliuc longa restât via; vous allez prononcer vos saints vœux, vœux sacrés et solennels, engagements chéris autant qu’inviolables; qu’ils soient, toute votre vie, votre force et votre appui. Nous aurons encore à combattre et à vaincre ; la peine et le travail ne nous manqueront pas ; mais notre Roi nous attend pour nous couronner.
« Je me suis mis en retraite, en solitude profonde après l’affreux attentat (1) : j’avais besoin de silence et de prière. Hélas! qu’est-ce donc que
(l) L’assassinat de Mgr Sibour.
ce triste temps? et qu’il faut gémir et s’humilier la face contre terre devant le Seigneur ! Il est, au moins, des cœurs qui dédommagent le cœur du Seigneur.
« Bientôt donc vous irez à Milan, si je ne me trompe, et dans peu vous serez prêtre; puis nous nous reverrons dans notre France. O mon cher et religieux ami, mon frère bien-aimé ! je serai heureux de vous presser contre mon cœur et de vous redire mon éternel dévoûment
« Recommandez-moi aux prières de vos frères. »
Paris, 26 janvier 1857.
« Mon bien cher et religieux ami, jusqu’au 27 février mon cœur sera plus que jamais près du vôtre. Vous allez donc, après votre épreuve terminée, vous consacrer pour jamais à Dieu par des engagements solennels. Ils sont pour vous, l’éternité commencée, la fin de ce monde si triste, et la séparation totale de ce qui attache à la terre. Élevezvous avec courage et dans la foi pure jusqu’à cette région spirituelle et surnaturelle où Dieu habite. Ne cherchez pas la ferveur et les goûts sensibles. Ils ne sont pas la grâce et la vérité. La foi et le sacrifice dans la foi suffisent. Tout est bien : nous vivons pour Dieu seul. Comme je vous presse contre