‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 187 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

mon cœur ! n’êtes-vous pas mon fils, quelque indigne que je sois ?

« Vous m’écrirez après vos vœux. Vous me direz quand vous croyez être ordonné prêtre, quand nous pouvons espérer de vous revoir.

« Les PP. de Ponlevoy, Gagarin, Martinoff, Lefèvre, prieront avec vous et pour vous

« Ici nous gémissons sous le pesant fardeau du malheur qui nous accable. Ce prêtre assassin est une menace pour cette Babylone. Puissions-nous fléchir la colère de Dieu !

« A Dieu, à Dieu seul toujours. Je vous aime et vous embrasse en frère et en père bien tendrement dévoué. »

Mon noviciat touchait à son terme. Je voudrais pouvoir raconter en détail ce que, pendant ces quatorze mois, j’ai vu de grand au point de vue de l’humilité et de la charité.

Mais il ne me conviendrait pas de tout dire.

L’épreuve était terminée. Dans quelques jours je devais prononcer mes vœux solennels avec l’ami qui m’avait accompagné lors de mon arrivée à Monza. Je devais dire au monde un éternel adieu; je devais m’étendre au pied de l’autel sous un drap mortuaire, pour ressusciter peu d’instants après à une vie nouvelle. Oh ! comment décrire ce que j’éprouvai sous ce suaire symbolique, pendant qu’on

chantait les litanies des saints ? C’en était fait, je me séparais pour toujours de ceux que j’avais le plus aimés; je brisais, j’immolais mes souvenirs les plus chers. Tout était fini et j’étais heureux, heureux et calme, comme le lendemain de mon entrée au noviciat, lorsque de grand matin je traversai le corridor pour me rendre au chœur.

Oui, comment décrire ce que j’éprouvai, lorsque j’entendis ces paroles mystérieuses de l’Écriture dont l’application était si touchante : Surge qui dormis, et exurge a mortuis, etilluminabit teChristus? Levez-vous, vous qui dormez parmi les morts, et Jésus- Christ sera votre lumière.

Lorsqu’on leva le drap funèbre, lorsque je revis la lumière, ah ! je sentis alors au fond de mon cœur que ce jour était le plus beau jour de ma vie. Et quand mes pères, mes jeunes frères, et mes amis venus de Milan, me pressèrent en pleurant dans leurs bras : « Oui, leur dis-je, oui, en vérité ce jour est le plus beau de ma vie! je suis enfin religieux dans l’ordre où Dieu me voulait. »

Ce même jour, et à la même heure, une touchante cérémonie avait lieu à Paris; madame Swetchine réunissait dans sa petite chapelle tous mes amis et dans le nombre plusieurs Russes convertis. Le P. Marlinoff célébrait la sainte messe, le P. Gagarin adressait de saintes paroles à la pieuse assemblée, et tous appelaient sur moi les

Page 1