DEUXIÈME PARTIE
bénédictions du Seigneur. Je reçus cette nouvelle en même temps que la lettre suivante du P. de Ravignan.
Paris, 3 avril 1857.
« Mon révérend et très-cher Père, et toujours mon bien tendre ami, je ne vous ai pas répondu plus tôt parce que j’espérais votre prompte arrivée à Paris. Madame de Gontaut me communique votre bonne lettre qui annonce un retard, et je m’empresse de vous féliciter de toutes ces grâces reçues et de la profession religieuse qui vous livre au Seigneur pour toujours. Que le monde pense ou dise ce que bon lui semble : nous sommes morts au monde, et nous vivons en Jésus-Christ seul. Quelle gloire et quel bonheur ! et ma joie est grande de vous savoir ainsi pénétré des inappréciables avantages de votre vocation. Après tout, vos nombreux compatriotes et vos nombreux amis se mettront à réfléchir ; et il faudra bien, à moins de perdre le sens, trouver une force et une vérité surnaturelle dans votre détermination étrange à leurs yeux; c’est la folie de la croix. Nos stulti !
« Maintenant je vous souhaite repos et liberté. J’ose former le vœu que toutes les exigences du dehors ne viennent pas fatiguer l’homme inté-
rieur; soyez à vous, à votre règle, et à vos exercices religieux, et j’espère aussi, à vos études ; et lâchez qu’on vous respecte et même qu’on vous oublie.
« Pardon, mon tendre Père, de ces audacieux avis; je me les donne au milieu des assauts de l’extérieur et je supplie la divine Bonté de me garder avec la grâce un refuge au plus intime de l’âme.
« Nous vous attendrons avec désir, impatience, nous savons ce que vous êtes pour nous, vous savez ce que nous sommes pour vous.
« Il tarde au P. Gagarin de vous entretenir de vos communs projets.
« Adieu, adieu, je vous embrasse tendrement en frère, en ami et toujours un peu en père. »
La veille du jour de ma profession, un de mes jeunes compagnons, enviant saintement mon bonheur, me disait : « Mon cher frère, vous savez que, par la profession solennelle, on gagne de grandes indulgences. Demain vous aurez donc recouvré comme votre innocence baptismale. Ah ! si vous pouviez réellement mourir sous ce drap mortuaire ! Quelle consolation ce serait pour nous de vous savoir au ciel ! »
Peu d’heures après la cérémonie de ma profession, je serrai sur mon cœur ces jeunes frères avec