‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 189 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lesquels j’avais passé la plus belle année de mon existence, et je partis pour le scolasticat de Rome. La première lettre que j’y reçus du noviciat se terminait ainsi : « Je vous remercie, mon cher frère, des conseils que vous m’avez donnés durant le temps que nous avons passé ensemble, et je prierai bien Dieu pour vous. Mais que puis-je lui demander ? Seigneur, lui dirai-je, faites-le beaucoup souffrir. Comment ne souhaiterais-je pas, en effet, des croix à quelqu’un que j’aime autant que vous?» J’ai su depuis que le jeune homme qui m’écrivit cette lettre, avait souvent prié à cette intention. Oui, mes meilleurs amis, ceux qui me chérissaient comme un père et un frère à la fois, me souhaitaient les uns la mort, les autres la douleur!... Que le monde hausse les épaules, qu’il crie au fanatisme; vous, hommes pieux de toutes les conditions, vous, jeunes gens des séminaires et des noviciats, vous tous, enfin, que Dieu a touchés de sa grâce et qui savez que c’est l’âme qu’il faut aimer, vous comprendrez ces sublimes souhaits. Saint Paul s’élevait encore plus haut dans les hardiesses de son amour; il désirait être anathème pour ses frères.

Oui, jeunes chrétiens, vous les comprendrez ces souhaits d’une héroïque charité. Oh ! croyez-moi, parmi vous aussi il y a beaucoup d 'appelés, mais, hélas 1 combien l’ignorent, il faut qu’on le leur

dise ; plusieurs le savent, mais ils veulent l’ignorer, il faut qu’on prie pour eux. Ah! ne sommesnous pas tous nés pour la perfection ? Eslote perfecti; et la perfection ne s’acquiert-elle pas plus facilement par la vie parfaite, par la vie religieuse? La vie religieuse n’est-elle pas le moyen le plus sûr de l’atteindre? Sans doute, on y porte sa croix; on la porte tous les jours comme le prescrit Jésus- Christ, et cette croix est parfois pesante et sombre, mais souvent aussi elle est lumineuse et légère, et bien souvent les épines qui nous blessent le front se changent même ici-bas en couronnes de fleurs qui, au ciel, deviendront plus brillantes encore.

Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « Personne ne quittera pour moi et pour l’Évangile sa maison, ou ses frères ou ses sœurs, ou son père ou sa mère, ou sa femme ou ses enfants, ou ses terres, que présentement, dans ce siècle même, il ne reçoive eent fois autant de maisons, de frères, de sœurs, de mères, d’enfants et de terres avec des persécutions, et dans le siècle à venir la vie éternelle. » (Marc., x, 29.)

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