DEUXIÈME PARTIE
je fus élevé à l’ordre sacré du sous-diaconat, au milieu de deux ou trois cents jeunes gens admis aux divers ordres. Oh ! qu’il me fut salutaire de me prosterner, pauvre religieux, au pied de cet autel devant lequel j’avais passé si souvent avec le dédaigneux sourire de l’impiété ou le sot orgueil de l’ignorance !
Il y avait en ce moment à Rome un très-grand nombre de mes compatriotes, et parmi eux beaucoup sans doute me désapprouvaient; mais quelques-uns, je l’espère, je le crois fermement, reconnurent la sincérité de mes intentions et en furent touchés.
Oh ! sans doute, les cœurs nobles, les âmes élevées, et il y en a beaucoup en Russie, les âmes élevées éprouvent, même involontairement, de la sympathie pour la folie de la croix. L’âme est naturellement chrétienne, dit Terlullien; or le christianisme a la croix pour fondement. Oh ! ils reviendront, ils reviendront ces frères chéris, en qui le sentiment est encore, grâce à Dieu, un puissant mobile. L’erreur a désormais fait son temps parmi eux, et ils se trouvent de plus en plus en contact avec cette vérité qu’ils sont si dignes de connaître, de défendre et de propager; oui, ils reviendront, ils doivent revenir. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont conservé parmi les trésors de leur foi le culte de Marie; ce n’est pas pour rien qu’ils l’invoquent,
qu’ils croient à sa conception immaculée, sans le savoir peut-être (1), et qu’ils en célèbrent la fête. Non, ce n’est pas pour rien que Marie qui, seule, a vaincu toutes les hérésies, — Tu sola in universo mundo cunctas hæreses interemisti , — inspira à Pie IX la grande pensée de proclamer ce dogme précisément à une des époques les plus solennelles pour la Russie. Voyez, à peine a-t-elle montré à l’Europe étonnée ce que peut l’amour de la patrie, qu’elle se relève d’un échec passager, et forte d’expérience, se développe d’une manière admirable sous la main civilisatrice de son jeune monarque. Oui, Marie sera le lien qui unira les deux Églises et qui fera de tous ceux qui l’aiment un peuple de frères sous la paternité du vicaire de Jésus-Christ.
Six mois après mon élévation au sous-diaconat, je me trouvai de nouveau en Lombardie, et je reçus de mes supérieurs l’ordre de me préparer au sacerdoce. Je fis ma retraite à Monza: il me serait impossible de décrire ce que j’éprouvai, en frappant de nouveau à la porte du noviciat, en traversant de nouveau les longs corridors. Avec quelle impatience je frappai, avec quelle vitesse je marchai, et pourtant j’aurais voulu m’arrêter à chaque pas et
(1) Voyez les lettres du R. P. Gagarin sur le dogme de l’immaculée Conception adressées à une dame russe. (3 e lettre, chez Casterman, Paris.)