DEUXIÈME PARTIE
contempler chaque tableau, chaque image; et quand j’embrassai mes anciens compagnons, quand notre joie éclata en sourires, en larmes et en exclamations d’amour ; quand je me sentis serré dans les bras du maître des novices, oh ! qui pourrait peindre l’allégresse de mon coeur, ses sentiments si rapides et si calmes à la fois?
Que l’humilité de ce religieux me le pardonne, je ne puis m’empêcher de dire que c’est à lui, après Dieu, que je dois d’avoir persévéré dans ma vocation et d’avoir surmonté les difficultés de ma nouvelle existence. Mais je ne l’ai su que plus tard ; car c’est peu à peu que je suis parvenu à comprendre ce que vaut pour l’âme l’obéissance aveugle et passive. Son influence est surnaturelle. Pour suivre Jésus-Christ il faut se renoncer et porter sa croix tous les jours, il faut obéir, il faut souffrir.... Mais un jour viendra où l’on bénira les humiliations e* les douleurs.
Avec quel tact mon maître des novices m’avait conduit ! Comme il avait su tempérer la fermeté par la douceur, unir la force à la tendresse ! Entre nous s’était établie une union qui avait pour lien, d’une part, l’amour du guide; de l’autre, l’amour et la confiance de celui qui se laissait guider. Et qu’on ne me taxe pas d’exagération dans les éloges que je fais de bien des personnes avec lesquelles je me suis trouvé en rapport. Il existe ici-bas plus de
belles âmes qu’o<t ne pense ; mais dans la bruyante agitation de la foule , il n’est pas facile de les reconnaître , c’est dans la solitude qu’elles se révélent ; c’est loin du monde qu’on les trouve.
Je passai donc de nouveau quelques semaines bien douces dans mon cher noviciat. Oh ! oomment dire oe que j’éprouvais en me retrouvant dans la tribune de notre église où j’avais tant prié ! dans
cette cellule où j’avais tant pleuré ! Non, je n’ai
pas de paroles pour peindre ma reconnaissance. Je me sentais loin du siècle , de ses passions , de ses misères, de ses petitesses et de ses déceptions douloureuses. J’étais désormais sur des pics inabordables au monde; un mur spirituel qu’il ne .peut franchir m’en séparait; je me sentais dans la plénitude de mon indépendance, dans la vraie liberté. Oh ! cette pauvre cellule ! j’y retrouvai tous les objets que j’y avais laissés, la même table, le même prie-dieu, le même crucifix. Entre ces murs chéris, entre ces objets et moi , existait un lien mystérieux qui me les faisait aimer ; je me sentais plus à l’aise ; je respirais plus librement ; j’étais chez moi.
Cependant un triste souvenir se présentait aussi à ma pensée : le souvenir de ma faiblesse, le souvenir de mes fautes sans nombre. Oh! dans ce cœur que de hauts et de bas! que d’élans parfois, et après, que d’infidélités, que de résistances à la grâce, que de rélicences avec Dieu, que de lâche?