DEUXIÈME PARTIE
loureux; mais cela devait arriver. Toute Église non orthodoxe tombe nécessairement sous le pouvoir * du chef de l’Etat.
Et ici la négation est inutile. — L’histoire est là. En effet, la Russie, suivant les errements et les erreurs de Constantinople, sa métropole, se sépara peu à peu de Rome. Ce premier fait en amena naturellement un second. Rien n’est plus logique. C’est l’histoire de toutes les révolutions religieuses et politiques. L’autorité légitime une fois méconnue, et la séparation avec Rome consommée, pourquoi la Russie aurait-elle obéi au patriarche de Constantinople qui lui avait donné l’exemple de l’insubordination? Aussi, au xv' siècle, se diviset-elle de l’Eglise grecque ; on nomme un patriarche de Moscou, et s’il n’y a pas schisme complet dans la communion, il y a schisme dans la juridiction. Néanmoins, l’Eglise russe conserva pendant quelque temps encore dans le patriarcat comme une image, comme une ombre, comme un souvenir de l’institution fondamentale et divine de la papauté. Mais le patriarche, on le sait, gênait Pierre le Grand. Ne relevant pas de Rome, ce pauvre prêtre, sans appui, sans force morale, est facilement, renversé, et Pierre le remplace par son fameux synode, espèce de consistoire qui gouverne encore l’Eglise, et qui lui-même est gouverné.
Voilà la vérité, voilà le mal, et si la nation russe
n’en gémit pas autant qu’elle le devrait, c’est parce qu’elle l’ignore et que l’habitude lui cache les dangers de sa position.
Quant au clergé, il souffre sans doute; il sait qu’il n’est pas à sa place et aspire instinctivement à un état meilleur. Mais élevé dans l’erreur, le plus grand nombre des prêtres ignorent d’où leur doit venir le salut. Ils lèvent des yeux suppliants vers le ciel et vers notre jeune monarque, ils attendent, ils espèrent. Oh ! oui, qu’ils attendent et surtout
qu’ils prient Mes frères, prions ensemble,
Dieu nous exaucera, il éclairera, il touchera les cœurs.
Non-seulement le clergé russe manque de dignité, je ne parle pas ici de quelques honorables exceptions, il manque aussi de zèle et de dévoûment. La charité est fille de la vérité ; le zèle de l’erreur, c’est le fanatisme. Le clergé russe n’est pas fanatique, il est indifférent, il est assis dans les ténèbres à l’ombre de la mort. — Où sont ses œuvres, ses sacrifices, son apostolat ? qu’est devenue cette Église grecque si brillante et si sainte ?