‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 199 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

premier devoir n’est-il pas de nous occuper des âmes et de les sauver ? Bâtissez des hôpitaux, élevez des maisons de refuge pour les pauvres et les orphelins : si vous ne pensez pas avant tout aux âmes que Dieu vous a mises entre les mains, si vous leur cachez la vérité, si vous la retenez « captive dans l’injustice » (Rom., i, 18), ah! pensez à la parabole des talents et tremblez....

Nous ne devons pas, dites-vous, faire du prosélytisme, nous ne devons pas chercher à propager la vérité. Mais Jésus-Christ ne nous a-t-il pas ordonné d’enseigner? Et si les apôtres avaient raisonné de cette manière, où en serait le monde aujourd’hui? Il faut, selon vous, laisser chacun dans la religion où il est né, et c’est manquer de charité que de troubler les consciences? Langage facile en vérité ; système commode pour ceux qui veulent assister les bras croisés à la perte des âmes ; système conséquent même, lorsqu’on en vient, par l’aveuglement que produisent l’erreur et l’habitude, jusqu’à ne pas comprendre que la vérité est une, et qu’en dehors de la vérité, le salut est impossible. Je ne parle pas ici de ceux qui sont dans la bonne foi de l’erreur invincible. Dieu les jugera dans sa miséricorde.

Grâce au ciel, nous ne pensons pas comme les Grecs. Pour nous le zèle des âmes est une vertu, un devoir. Un prêtre catholique sans dévoûment,

un prêtre qui n’aurait pas de zèle... Ah ! je n’ose pas achever ma pensée ... s’il y en a, prions pour eux.

Ce dévoûment de toute la vie, de chaque instant de la vie est pénible, ce renoncement à soi-même, ce sacrifice continuel, cette mort constante, sont très-pénibles sans doute; mais aussi c’est en nous la mort de l’égoïsme, c’est la victoire sur nousmêmes, la victoire de la grâce, la victoire du bien, la victoire de Dieu, c’est l’apogée, c’est le triomphe de l’amour, c’est l’état le plus sublime de l’homme sur la terre. N’être jamais à soi et faire toujours le contraire de ce que désire la nature, courir après la brebis qui vous entraîne au désert, courir le jour et se lever la nuit; passer de longues heures dans un confessionnal o.u dans des salles d’étude; passer des journées entières dans la méditation en pensant aux âmes ; pour elles braver de dangereuses épidémies; mourir de chaud dans les plaines d’Afrique; mourir de froid sur les pics du Saint-Bernard ; mourir dans les tortures à la Chine ou au Japon. Et puis les mécomptes, les découragements, les sécheresses, les aridités et les douleurs de l’âme... oh! c’est un supplice; c’est la vie du prêtre catholique, c’est son idéal, son rêve chéri.

Et pour cela que faut-il? Il faut aimer, il faut aimer, car Dieu nous a donné un cœur; et on ne peut aimer sans se dévouer, et on ne peut se dévouer sans souffrir.

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